La Foire internationale du livre de Séoul (SIBF) est terminée, mais la capitale sud-coréenne bat encore au rythme de l’effervescence littéraire. LTI Global Literature Forum y a lancé sa 2e édition pour trois jours de rencontres (du 1er au 3 juillet) entre auteurs coréens, universitaires locaux et internationaux et journalistes spécialistes de la littérature contemporaine du pays du matin calme, sous l’égide de LTI Korea (Literature Translation Institute Korea), équivalent coréen de notre Centre national du livre.
Les poètes Ra Tajoo et Thomas Vinau- Photo SEAN ROSEPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
L’événement qui s’intitule pour son édition 2026 « Corée : attraction et résonance », fête ici un double anniversaire : les 30 ans de ladite institution et les 140 des relations diplomatiques entre la France et la Corée.
Depuis l’établissement de ces liens, les eaux tumultueuses de l’Histoire ont certes coulé sous les ponts. Côté littérature, le premier prix Nobel fut décerné au poète français Sully Prudhomme en 1901 mais il aura fallu attendre plus d’un siècle pour que l’académie suédoise reconnaisse la valeur de la littérature coréenne en distinguant en 2024 l’écrivaine Han Kang.
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Le revers de l’insigne médaille est la prise de conscience nationale devant l’effort encore à fournir pour faire lire davantage la littérature coréenne. Car si la K-pop, les K-dramas, les séries télé et autres films ou encore la cosmétique, la K-beauty, ont su séduire les foules de par le monde, l’engouement pour la littérature « made in Korea » est nettement moindre, exception faite des littératures de genre (polar, romance, healing fiction).
Les experts ès lettres et professionnels coréens du livre s’accordent pour dire que l’autrice de La végétarienne est l’arbre qui cache la forêt d’écrivains méconnus, voire ignorés au-delà de la péninsule est-asiatique. C’est cette réflexion autour de la littérature coréenne et de sa diffusion au niveau international que LTI Korea a voulu mener avec le premier Forum et que sa 2e édition poursuit à travers un programme riche en conférences et débats.
Échanges entre poètes
La soirée inaugurale le 1er juillet n’aurait pas pu être plus littéraire puisque ce sont quatre poètes, deux Coréens et deux Français – 140 ans de l’amitié franco-coréenne oblige – qui ont échangé sur leur conception de l’écriture poétique. Générations différentes mais gémellité du regard sur « les petites choses » du monde : Thomas Vinau, poète, romancier et auteur jeunesse né en 1978, a eu pour alter ego lyrique le populaire Rae Taejoo, né en 1945 et dont les poèmes dépouillés, entre Prévert et Christian Bobin, ont l’évidence de la beauté nue.
Sooyoung Chon, présidente de LTI Korea- Photo LTI KOREAPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Quant à Linda Maria Baros qui dirige le Printemps des poètes, elle a insisté avec Park Sangsoon, poète de l’avant-garde qui émergea dans les années 1990, sur l’importance de la forme qui seule est capable de traduire de manière sensorielle et directe la violence du réel.
Jeudi 2 et vendredi 3 : les enjeux liés à la diffusion de la littérature coréenne contemporaine sont à nouveau sur la table. Traducteurs du suédois ou du japonais dressent l’état des lieux de la traduction de la fiction coréenne dans leur langue respective. Autrices et écrivains tels Bora Chung, publiée chez Rivages, Yun Ko-eun à paraître cet automne chez Héloïse d’Ormesson, ou Park Sang-young paru à la Croisée, participent aux conversations animées par des professeurs d’université ou des critiques littéraires.
LTI Korea forme et finance les traducteurs
Présidente de LTI Korea depuis 2024, Sooyoung Chon, elle-même ancienne universitaire et professeur émérite de littérature anglaise, insiste sur le fait que « l’événement ne traite pas uniquement de traduction et de publication de la littérature coréenne à l’étranger mais entend produire et promouvoir un discours critique sur cette littérature afin de lui fournir une véritable assise à l’international. »
LTI Korea se donne les moyens de ses ambitions en octroyant des moyens justement : formation de traducteurs étrangers triés sur le volet (7 langues, dont le français mais aussi l’espagnol, le japonais ou le russe) bourses de résidence (séjour de deux ans), un magazine Korean Literature Now (KLN) formidable outil promotionnel d’articles critiques en anglais sur tout qui se traduit du coréen… Voilà 30 ans que cette institution assez unique au monde par l’ardeur de son soutien à la traduction de ses auteurs laboure le terrain. Il y a deux ans, LTI Korea en a récolté les fruits avec le Nobel attribué à Han Kang.


