En cette première moitié du XXIIe siècle, la marche du monde a bien suivi les funestes prédictions hélas si souvent formulées : la planète a vécu le tourbillon infernal des sécheresses, des inondations, des guerres nucléaires déclenchées par des programmes informatiques. Mais si la chair est triste, en revanche on n’a pas lu tous les livres… Tom Metclafe, un universitaire érudit qui ne vit que pour la littérature du XXIe siècle, s’étonne que l’on ne puisse trouver une trace de l’intégralité du fameux poème du grand Francis Blundy, que l’on compare alors à T.S. Eliot.
Sa frustration est telle que son enquête déborde sur sa vie, mettant en péril son couple, et sa raison. Peut-être espère-t-il trouver le secret de l’amour puisque ce poème magistral en 15 sonnets, intitulé « Couronne pour Vivien », fut déclamé par Blundy lors d’un dîner, en octobre 2014, pour l’anniversaire de sa femme à qui il disait ainsi toute sa passion.
Les témoins parlent de la profondeur et de la beauté du texte, du menu du dîner, des tenues des invités ; Metclafe étudie les 12 tomes du journal de Vivien Blundy, visionne des dizaines d’heures de lectures et de conférences, mais ne parvient pas à mettre la main sur le texte lui-même, et il dresse ce constat : « Le problème n’était pas la disparition d’un poème d’anniversaire lu après le dîner, mais ce que ce poème était devenu par son absence : un réceptacle de rêves, de nostalgie torturée, de vaine colère rétrospective, et l’objet d’une vénération délirante ».
Loin des clichés de la science-fiction contemporaine
Ce que nous pouvons savoir, œuvre de l’un des auteurs anglais les plus originaux, faussement « classique » – il est né en 1948 –, qui multiplie les clins d’œil en ne cessant de réinventer des formes romanesques depuis le livre qui a confirmé son succès et son talent, Expiation, en 2001, est d’une habileté stupéfiante. Notamment dans sa manière de montrer comment les catastrophes fusionnent avec les récits qu’en font les écrivains de fiction…
Metclafe ne jure que par la littérature passée, certain qu’elle porte l’authenticité et la vérité de la « langue », doutant que le rôle d’un auteur du XXIIe siècle soit « d’inventer » une histoire. C’est à la fois le roman d’un amour fou, pour une femme ou pour un livre, et une brillante et presque salutaire réflexion sur ce que pourrait être la littérature du futur.
Nous sommes loin de la dystopie post-apocalyptique : dans ce monde futuriste qui n’est pas la proie des IA, McEwan nous rapproche, non sans romantisme, de cette évidence que la littérature nous sera toujours une porte ouverte sur un avenir désirable, et nous détournera de la « Mélancolie métaphysique » liée à tous les dérèglements, climatiques ou géopolitiques. On devra beaucoup à ce roman véritablement habité, et bien loin de tous les clichés de la science-fiction contemporaine.