La 78ᵉ Frankfurter Buchmesse a fermé le 11 octobre avec 236 000 visiteurs de 137 pays (238 000 en 2025). Les professionnels progressent légèrement (119 000 contre 118 000), le grand public recule (117 000 contre 120 000), selon l’organisation. Les exposants passent de 4 350 à 4 000 (-8 %). Le nouveau plan des halls, B2B aux étages et public au rez-de-chaussée, est salué, même si les éditeurs ont dû « beaucoup courir » entre des rendez-vous rapprochés, relève l’agente Anna Soler-Pont (Pontas). Au LitAg et au Rights Centre, 582 tables ont été vendues (contre 591 en 2025).
Une foire « à l’image de la rentrée »
Côté français, « il y a des titres qui ont buzzé pendant cette foire, qui n’était pas plus calme que d’autres années comme on a pu l’entendre dire, mais plutôt moins concentrée. C’était une foire à l’image de cette rentrée », résume à Livres Hebdo Pauline Buisson, de l’agence de scouting V&P.
Les plus gros mouvements concernent la non-fiction. Vingt mois à Auschwitz de Pelagia Lewinska, redécouvert par le Livre de Poche qui le fera reparaître en janvier, a été préempté en Hongrie, aux Pays-Bas et en Allemagne (Suhrkamp), et est en enchères en Espagne.
Ce témoignage brûlant sur le camp de Birkenau, publié pour la première fois en juillet 1945 par les éditions Nagel, est préfacé par le président de l’Académie Goncourt Philippe Claudel.
La fiction plus éclatée
Pouvoir économique des idées de Philippe Aghion et Joel Mokyr, prix Nobel d’économie 2025 (Calmann-Lévy), a été préempté aux États-Unis et au Royaume-Uni (Basic Books, coéditeur), en Suède et en Corée, avec des offres au Japon, en Espagne et en Italie. Il est aussi cédé en Allemagne et en Chine.
La fiction est plus éclatée, en marge des listes de prix. La mémoire de l’eau et des flammes de Marie Pelaez Ruiz (Charleston, février), un roman historique, a reçu une préemption italienne de HarperCollins et une offre allemande avant la foire.
La « rom com » L’amour c’est comme un roulé de cannelle de Valentine Maingault (Bragelonne) a suscité des offres en Italie et en Espagne. Sauf la frontière d’Elisa Shua Dusapin (Zoé) est cédé en Italie, Espagne, Suède, Allemagne, Norvège, Corée et Chine.
Chez Gallimard, la directrice des droits Judith Rosenzweig souligne la permanence de l’intérêt pour Patrick Modiano (L’Éléphant cédé en une dizaine de langues en quelques jours), après Le Palais de François-Henri Désérable et Le Fondateur de Giuliano da Empoli, déjà cédés chacun dans plus de 15 langues. Elle note aussi l’attrait des éditeurs étrangers pour une littérature « infusée par les brûlants sujets de société » : La solitude des professeurs est infinie de Yannick Haenel et Je de Lilia Hassaine sont déjà cédés dans une demi-douzaine de langues.
L'édition indépendante a sa place à Francfort
Calmann-Lévy, par Patricia Roussel et Adélaïde Sorel, a présenté La vie parisienne de Camille de Peretti (janvier 2027) à 25 éditeurs et La Petite Fiancée de Pierre Lemaitre (février 2027) à plus de 40. Côté achats, Robert Laffont a acquis American Rapture de CJ Leede (Macmillan).
L’édition indépendante revendique sa place : avec 48 rendez-vous, 57 pistes et deux deals signés, les cinq maisons accompagnées par Fontaine O Livres « apportent la preuve que l’édition indépendante a toute sa place dans la plus grande foire internationale », estime enfin sa directrice Gaëlle Bohé (lire par ailleurs).