Il n'a pas encore de plan, mais il a un profil. Joachim Kaufmann succédera le 1ᵉʳ novembre à Juergen Boos, qui quitte la direction de la Foire de Francfort fin octobre après 21 ans. Interrogé vendredi 9 octobre au Publishing Perspectives Forum de la Foire de Francfort, le futur directeur a esquissé sa feuille de route, volontairement inachevée.
Un enfant de la Foire
Joachim Kaufmann est « né dans l'édition » : son arrière-arrière-arrière-grand-père a fondé en 1860 la maison Kaufmann Verlag, dont il est toujours l'actionnaire majoritaire. Enfant, il suivait ses parents à Francfort et notait les commandes des libraires indépendants allemands, à l'époque où la Foire était uniquement dédiée aux professionnels.
Il entame ensuite un apprentissage chez Herder au début des années 1990, la maison où Juergen Boos a lui aussi débuté. Les deux hommes sont originaires de la Forêt-Noire, non loin de la frontière avec la France et la Suisse. « Nous avons vraiment la même biographie et vous le sentirez en l'entendant parler », assure à Livres Hebdo le futur retraité.
Une carrière de vendeur
Il se spécialise dans le marketing et la vente : représentant puis responsable grands comptes chez Random House, directeur commercial de Ravensburger. À 32 ans, il prend la tête de Carlsen, filiale du groupe suédois Bonnier, alors cinquième éditeur jeunesse allemand. Il y reste vingt ans, jusqu'en mars dernier.
Au programme : Harry Potter, dont 3,4 millions d'exemplaires sont livrés en un jour en 2007, puis Twilight. Carlsen compte aujourd'hui parmi les plus gros éditeurs généralistes allemands. Sans études universitaires, Joachim Kaufmann s'est formé en cours d'emploi. « Je me sentais prêt, mais je ne l'étais pas », reconnaît-il aujourd’hui.
Un réseau international
Chez Bonnier, il consacre environ la moitié de son temps à l'international, notamment en Pologne. Il a siégé treize ans au conseil des éditeurs du Börsenverein et sept ans au comité exécutif de l'Union internationale des éditeurs, avant de rejoindre la Fédération des éditeurs européens.
Sa relation avec Juergen Boos est « une amitié » nouée il y a une vingtaine d'années. « Je me suis toujours servi de la Foire, via Juergen, pour entrer sur un marché », confie-t-il depuis l’estrade d’une conférence sur « le futur de l’industrie éditoriale ».
Écouter d'abord
Concernant la Foire, il refuse pour l'instant de dévoiler un plan particulier. « Je serais un mauvais manager si j'avais une vision et un plan précis après quatre semaines » de présence. Après une quarantaine d'entretiens avec les équipes, les objectifs seront fixés au printemps. Deux pistes se dessinent néanmoins.
Joachim Kaufmann lors d'une rencontre avec Andrew Albanese, de Publishing perspectives, à la Foire de Francfort 2026- Photo EDPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
La première est le cœur professionnel : éviter que les visiteurs raccourcissent leur séjour, en multipliant les formats de mise en relation, y compris vers l'audiovisuel et le jeu vidéo. La seconde est le grand public : un « grand festival » du vendredi au dimanche, avec « de grandes stars et de grandes scènes », sans empiéter sur les jours professionnels.
« J'ai un exercice financier de cinq jours », résume Joachim Kaufmann, révélant qu'il veut aussi faire de la Foire un porte-voix politique de l'édition, sur le droit d'auteur et l'IA, et attirer davantage d'élus.
Côté agenda, il restera domicilié à Hambourg et sera à Francfort du lundi au mercredi. Il se rendra à la Foire de Guadalajara fin novembre, puis à Abu Dhabi et à New York en janvier. Père de plusieurs enfants dont le dernier est âgé de 13 ans, il prévoit de voyager moins que son prédécesseur, qui « vivait dans l'avion ».
