Livres Hebdo : Le point de départ de votre roman est authentique ?
Francesca Giannone : Absolument. C’était pendant le confinement du covid. En faisant du rangement à la maison, je suis tombée sur un carton avec de vieux papiers : des lettres, des photos, des documents, et la carte de visite d’une femme, où était simplement écrit : Anna Allavena, Portalettere. Cette femme était mon arrière-grand-mère maternelle. Elle avait quitté sa Ligurie natale, par amour, pour venir s’installer dans le Sud profond, la presqu’île du Salento, dans les Pouilles, le talon de la botte italienne. Là, en 1934, elle est devenue la première femme factrice, un métier réservé jusque-là aux hommes. Un vrai scandale pour l’époque. Une vraie révolution. Mais elle est bien oubliée aujourd’hui, ce qu’elle ne voulait pas. Alors j’ai effectué un « travail d’histoire » pour la faire redécouvrir.
Vous avez quand même inventé une partie de cette histoire ?
Bien sûr. Par exemple, dans le livre, Anna meurt en 1961. Alors que dans la vraie vie, elle est décédée au début des années 1980. Je l’ai un peu connue, mais elle était très diminuée et je n’ai pu recueillir son témoignage. En revanche, j’ai recueilli ceux de ma grand-mère et de ma mère, et de ceux qui, au village, l’ont connue. Dans ce milieu très traditionnel, elle était comme une photo en couleurs parmi d’autres en noir et blanc.
Votre livre, paru en 2023 en Italie, est un énorme best-seller. Où en est-on ?
On doit en être à 700 000 exemplaires en grand format. Il n’est pas encore en poche, car il s’en vend encore tous les jours ! Des traductions sont en cours dans 29 pays. Le livre a reçu le prix Bancarella, très important parce qu’il est décerné par des libraires indépendants. Cela a amplifié son succès.
« Le public a besoin d’histoires ancrées dans sa réalité »
La France est le premier pays hors d’Italie où vous le présentez. Dans quel état d’esprit ?
Je suis émue, naturellement, surtout quand je parle à des jeunes, ce qui a été le cas devant les élèves italianisants du lycée Voltaire. Mon livre touche en particulier les jeunes, sans doute parce que l’histoire qu’il raconte est universelle. Son message pourrait être : « Prends ton destin en mains. Personne n’a le droit de te dire ce que tu dois faire ou ne pas faire ».
La porteuse de lettres est en cours d’adaptation pour la télévision ?
En effet, pour la chaîne d’État Rai Uno. Comme j’ai fait des études de cinéma, je travaille sur l’adaptation, et j’écrirai le scénario d’un des épisodes, mais c’est tout. Je laisserai faire le réalisateur, lorsqu’il sera choisi. Un livre qui devient un film, ce n’est plus l’affaire de son auteur. La diffusion est prévue en principe pour 2027.
Vous avez publié, depuis, un autre roman, Domani, domani ?
Oui, en juin 2024. Il se situe lui aussi dans le Salento, dans les années 1950. C’est l’histoire du rêve avorté d’un frère et d’une sœur qui tentent de développer leur savonnerie familiale traditionnelle, et vont se trouver confrontés à la dure réalité. Lui aussi est un best-seller en Italie. Je pense que le public a besoin d’histoires ancrées dans sa réalité, notamment hors des grandes villes et du Nord, sans tomber dans le régionalisme. Je suis profondément attachée au Salento, j’y ai mes racines, et j’espère quitter un jour Milan pour retourner y vivre.