La parution de Diables blancs constitue un événement littéraire singulier. Écrit entre 1993 et 1994, et jamais publié du vivant de l’auteur, le roman éclaire une période décisive de son travail. James Robert Baker (1946-1997) appartient à cette génération d’auteurs marqués par la violence politique et morale de l’Amérique de la fin du XXe siècle. En 1993, son roman Tim and Pete, abordant frontalement l’homosexualité à l’ère du Sida, provoque une vive controverse et marginalise durablement James Robert Baker dans le paysage éditorial. Parmi les manuscrits rejetés, non pour des raisons esthétiques, mais à cause de l’inconfort qu’ils suscitaient, figurait Diables blancs.
Avec Diables blancs, James Robert Baker signe un livre d’une redoutable finesse à la cruauté jubilatoire, à la croisée du faux true crime, du roman noir et de la satire acide. C’est dans sa forme, qui joue sur l’oralité et la fabrication du récit que réside une part essentielle de sa force : un homme raconte, sans chercher à se justifier, laissant affleurer les silences, les mensonges et les failles de sa propre narration. Cette retranscription orale donne au roman une puissance particulière et une immédiateté peu commune.
Récit à plusieurs niveaux
Sous les dehors d’un récit criminel dont il subvertit les codes, Diables blancs déploie une construction habile. Le lecteur avance dans un récit à plusieurs niveaux où l’intrigue tissée autour d’un couple d’amants maudits dialogue avec des références littéraires et cinématographiques, jusqu’à une fin dont chaque détail semblait, rétrospectivement, annoncer l’inéluctabilité.
Comparé à Boy Wonder, autre roman majeur de James Robert Baker acquis de longue date par Monsieur Toussaint Louverture et prévu pour 2028, Diables blancs apparaît comme son texte le plus tendu et épuré. Là où Boy Wonder déploie sur 600 pages une oralité foisonnante et des situations rocambolesques, Diables blancs élague, resserre et multiplie les lectures possibles, sans jamais perdre le lecteur.
Les droits de Diables blancs ont été acquis pour la France. La publication du 6 février constitue ainsi une première étape susceptible de favoriser, à terme, une diffusion plus large du texte. Tiré à 10 000 exemplaires et mis en place à 5 000, Diables blancs s’affirme comme un pari éditorial ambitieux : redonner une voix à James Robert Baker et inscrire son œuvre dans la durée.