Jean-Marie Gleize, né en 1946 à Paris, est décédé le 12 mars. Poète, écrivain, critique et enseignant, il était âgé de 79 ans et occupait une place importante dans le paysage de la poésie française contemporaine. L’autrice Cécile Sans était en train d’achever l’écriture du livre L'atelier invisible de Jean-Marie Gleize : conversation, quand la nouvelle de la disparition du poète est survenue. Le texte regroupant des entretiens avec l'auteur dans lesquels il aborde sa technique d'écriture devait être publié chez Hermann en avril, mais la date de la publication a été repoussée.
Noëlle Meimaroglou, directrice générale des éditions Hermann, précise que cet ouvrage a été écrit « main dans la main avec Jean-Marie Gleize », avant de poursuivre : « Nous adressons à tous ses proches nos sincères condoléances. La meilleure manière de lui rendre hommage est de publier cet ouvrage. »
« Une poésie qui n’est encombrée ni de mots, ni d’intentions »
Depuis le début des années 1980, Jean-Marie Gleize est l’auteur d’une cinquantaine d’ouvrages, dont une grande partie publiée chez Seuil, notamment dans la collection « Fiction & Cie », fondée par Denis Roche.
Bernard Comment, qui dirige actuellement « Fiction & Cie », rend hommage au disparu : « Quand Denis Roche m’a transmis la collection “fiction & Cie”, il m’a dit “fais ce que tu veux, je te demande juste une chose, c’est de continuer à publier Jean-Marie Gleize” ». L'éditeur poursuit : « Jean-Marie Gleize était consubstantiel à la collection dans la mesure où il avait une proximité absolue avec Denis Roche. Ceci définit une poésie qui n’est pas lyrique, une poésie qui est attentive au monde. Je pense par exemple à l’un des volumes que j’ai publiés, Tarnac, qui était un vrai engagement sur ce qu’il en est des luttes dans la société. »
Admiratif du travail de Jean-Marie Gleize, il conclut : « C’est une poésie qui n’est encombrée ni de mots ni d’intentions. Elle a quelque chose de presque photographique. Au Seuil, c’est une énorme tristesse. C’est une œuvre que nous avons accompagnée en dehors de toute considération autre que l’admiration pour son travail. Je veux rendre hommage aux dirigeants successifs du Seuil, qui ont toujours compris cette mission. »
Théoricien de la poésie
Ancien élève de l’École normale supérieure de Saint-Cloud, Jean-Marie Gleize a mené une carrière universitaire comme professeur de lettres à l’Université d'Aix-en-Provence avant de rejoindre la section littéraire de l’École normale supérieure de Lyon. Dans cet établissement, il dirige le Centre d’études poétiques entre 1999 et 2009. Il y est par la suite nommé professeur émérite de littérature moderne et contemporaine.
Au cours de son travail critique, Jean-Marie Gleize propose en 1987 la notion de « simplification lyrique ». Dans les années 1990, sa réflexion s’oriente vers les concepts de nudité et de littéralité appliqués à l’analyse poétique et artistique.
Ces principes irriguent également sa propre écriture. À partir de Léman (Seuil), publié en 1990, il développe une œuvre littéraire cherchant à produire une forme de poésie réaliste tout en reconnaissant l’impossibilité d’une objectivité absolue.
Une écriture centrée sur la littéralité
Dans sa réflexion théorique, Jean-Marie Gleize fait de la littéralité un principe central de l’écriture poétique. Celle-ci vise à se défaire des images et de la métaphore. Inspiré notamment par Arthur Rimbaud, pour qui la poésie doit s’entendre « littéralement et dans tous les sens », Gleize interroge la possibilité d’une écriture affranchie du lyrisme et du « poids des images ». Dans cette perspective, la poésie moderne devient avant tout un lieu de remise en question de ses propres formes : « La poésie n’est pas autre chose (…) que mise en questions, redéfinition, ou annulation de la poésie par la poésie ».
Son écriture adopte volontiers une forme fragmentaire et mobilise différents dispositifs : notes, insertion de textes hétérogènes, citations intertextuelles parfois poussées jusqu’à l’appropriation, ainsi que des références au cinéma et à la photographie.
Auteur de nombreux ouvrages, dont plusieurs consacrés à Francis Ponge, il publie l’essentiel de ses travaux critiques et littéraires aux éditions du Seuil. Parmi ses livres figurent A noir (1992), Les Chiens noirs de la prose (1999), Tarnac (2011) et Le Livre des Cabanes (2015).
Une importante activité éditoriale
Parallèlement à ses publications, Jean-Marie Gleize mène une activité éditoriale et collective importante. Il fonde avec Michel Crozatier la revue Acid(e), puis crée en 1990 la revue Nioques, dont il assure la direction. Cette revue constitue un espace d’expérimentation autour de diverses formes d’écriture réaliste, dans la continuité des avant-gardes des années 1960 et 1970. Il participe également, avec Michel Crozatier, à la création de la « cellule Max Stirner » dans les années 1980 et fonde la collection « Niok » aux Éditions Al Dante, active jusqu’en 2005.
Son travail se caractérise notamment par un dialogue avec les artistes, par la recherche d’une « prose en proses » et par l’exploration de nouvelles formes de littéralité et d’objectivité. Il a également consacré des textes critiques à plusieurs écrivains et poètes, dont Denis Roche et Anne-Marie Albiach.
