Faute de trouver selon eux leur place dans les maisons établies, des auteurs et des professionnels du livre juifs, aux États-Unis comme au Royaume-Uni, lancent leurs propres structures d'édition.
À commencer par Meg Keene Books, collection de fiction créée au sein de Wicked Son Press, qui publiera quatre à six romans dans les 12 prochains mois, tous genres confondus, ainsi qu'une revue littéraire. Wicked Son, maison américaine fondée il y a cinq ans, publiait jusqu'ici surtout des essais. Dans la presse, Meg Keene indique qu'elle ne publiera pas de fiction idéologique. « Mon but est de rendre l’édition juive vraiment tendance », confie-t-elle à la Jewish Telegraphic Agency dans des propos rapportés par le Times of Israël. « J’ai aussi l’intention de mettre absolument toutes mes forces dans chacun de ces livres, et de demander à la communauté juive de les soutenir et de plaider leur cause ».
Un accès à l'édition plus difficile depuis le 7 octobre 2023
De son côté, Canary Publishing, dirigée par l'éditeur Howard Lovy et financée par le philanthrope Scott Shay, prévoit au moins un roman par mois à partir du début de l'année 2027. Les manuscrits proviennent d'appels lancés en ligne et du portefeuille de clients de son directeur, éditeur indépendant. Enfin, au Royaume-Uni, l'éditrice et autrice Jacky Klein doit lancer d'ici à la fin 2026 une nouvelle structure consacrée aux voix juives et israéliennes, selon sa biographie publiée par la Jewish Literary Foundation.
À l'origine de ces créations, un constat partagé : celui d'un accès à l'édition devenu plus difficile depuis le 7 octobre 2023. « La situation est très sombre pour les auteurs juifs en ce moment », résume Howard Lovy. « Même s’ils n’écrivent pas sur le Moyen-Orient, les agents et les éditeurs leur disent que ce n’est pas le moment pour les voix juives et les librairies ne les vendent pas ».
Meg Keene en a fait l’expérience. Cette autrice américaine, dont les deux précédents ouvrages se sont vendus à plus de 150 000 exemplaires, n’est plus parvenue à trouver d’éditeur pour son prochain roman. Elle raconte notamment qu’un agent lui a conseillé de supprimer les éléments juifs qui n’étaient pas indispensables à l’intrigue et de changer le prénom « Yael », considéré comme trop israélien.
Dans une enquête publiée en juillet, le PEN America a recueilli les témoignages de plus de 30 écrivains, agents et professionnels juifs et israéliens, et faisant état d'une exclusion culturelle croissante depuis le 7 octobre.
