L'historien français Vincent Lemire, qui a critiqué ouvertement les opérations israéliennes à Gaza, a été interdit de voyager en Israël, où il devait se rendre pour une série de séminaires et de rencontres universitaires, a appris lundi l'AFP auprès de l'intéressé.
Professeur d'histoire à l'université Paris-Est Gustave-Eiffel et spécialiste du conflit israélo-palestinien, Vincent Lemire a notamment dirigé le Centre de recherche français à Jérusalem de 2019 à août 2023.
Il a dénoncé publiquement à plusieurs reprises la situation humanitaire désastreuse de la population et des otages israéliens à Gaza ces deux dernières années, réclamant notamment des sanctions contre Israël.
Vincent Lemire est l'auteur de la BD historique Histoire de Jérusalem, parue en octobre 2022 au Arènes. Succès d’édition, cet album illustré par Christophe Gaultier s’est à ce jour vendu à 343 000 exemplaires selon les données NielsenIQ BookData de la base Electre.
En 2016, il a aussi dirigé l'ouvrage collectif Jérusalem : histoire d'une ville-monde des origines à nos jours, paru directement en poche chez Flammarion et vendu à plus de 17 000 copies. Son dernier ouvrage, Atlas historique du Moyen-Orient, a paru en septembre dernier aux Arènes.
Une décision inattendue
Vincent Lemire, qui devait s'envoler dimanche pour Tel-Aviv, a reçu le 7 janvier un courriel de l'Autorité de l'État Civil et de l'immigration lui notifiant son interdiction d'entrer en Israël, sans fournir d'explications.
« En raison d'un changement de circonstances vous concernant, l'approbation ETA-IL pour la demande [...] qui vous a été accordée le 27/02/2025 est révoquée », affirme le courriel consulté par l'AFP.
« Il s'agit d'une autorisation que j'avais obtenue en février 2025 et qui est normalement valable deux ans, je n'avais donc pas effectué de démarches particulières cette fois-ci. Cette notification quatre jours avant mon vol est très délibérée », a déclaré Vincent Lemire à l'AFP, qui précise n'avoir reçu « aucune justification » de la part des autorités israéliennes.
« Mes prises de position ne sont pas nouvelles, mais je n'ai jamais boycotté Israël, j'invite régulièrement des universitaires israéliens et je vais en Israël depuis 25 ans, donc je suis très surpris », poursuit-il.
Une « liberté académique » compromise
Vincent Lemire, qui avait prévu une vingtaine de séminaires et de rencontres avec des chercheurs, étudiants notamment israéliens et palestiniens, affirme explorer les voies de recours possible pour inverser cette décision.
« C'est mon terrain de recherche depuis 25 ans, mon laboratoire à ciel ouvert et en termes de liberté académique, cela est très problématique », dit-il. « Comme pour les 37 ONG interdites de travailler à Gaza, on a l'impression qu'on est dans une dynamique de règlement de comptes » à l'égard des voix critiques d'Israël.
Dans une tribune publiée en août, Vincent Lemire avait, avec l'ancien ambassadeur d'Israël en France Elie Barnavi, exhorté le président français Emmanuel Macron à prendre des sanctions contre Israël face à la situation à Gaza.
« Monsieur le Président, si des sanctions immédiates ne sont pas imposées à Israël, vous finirez par reconnaître un cimetière. Il faut agir maintenant pour que la nourriture et les soins puissent entrer massivement à Gaza », écrivaient-ils dans le quotidien Le Monde, en référence à l'annonce française de la reconnaissance d'un État de Palestine, concrétisée en septembre à l'ONU.