Après le dévoilement des résultats des États généraux de la bande dessinée, l’Assemblée nationale a accueilli le 23 mars une table ronde sur les conditions sociales des artistes‑auteurs et leur revenu de continuité, animée par Samantha Bailly, ancienne présidente de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse et de La Ligue des auteurs professionnels.
La discussion, ouverte aux interventions du public, réunissait trois parlementaires : les députées Soumya Bourouaha (Gauche démocrate et républicaine), porteuse de la proposition de loi visant à garantir la continuité des revenus des artistes‑auteurs, Céline Calvez (Ensemble pour la République), et la sénatrice Monique de Marco (Écologiste – Solidarité et Territoires).
« Il n’y a que le parlement qui peut nous sortir de cette situation »
« Cette journée, c’est non seulement pour documenter la profession mais aussi pour expliquer aux parlementaires la réalité de ce qu’on vit. Aujourd’hui, je pense qu’il n’y a que le parlement qui peut nous sortir de cette situation », a expliqué Samantha Bailly à Livres Hebdo.
Le débat se déroule dans le contexte du rejet, en décembre 2025, de la proposition de loi portée par Monique de Marco, qui visait à garantir un revenu de remplacement pour les artistes‑auteurs, financé par une contribution des diffuseurs et versé par France Travail. La sénatrice a dénoncé une méconnaissance profonde des statuts des auteurs au Sénat, regrettant une vision trop « romantique » de la profession, où la création est systématiquement associée à la précarité plutôt qu’à une activité professionnelle à part entière.
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Lors de la table ronde, Soumya Bourouaha a insisté sur l’urgence de trouver une solution adaptée aux revenus irréguliers des artistes et a exprimé ses réserves sur la création d’une caisse autonome, trop fragile pour couvrir les auteurs précaires. Elle a rappelé la mission flash menée en novembre de concert avec la députée Camille Galliard‑Minier. Devenue ministre déléguée chargée de l’autonomie et des personnes handicapées celle-ci avait, entre autres, porté l’organisation de ces EGBD. Céline Calvez a, de son côté, souligné que le travail de création prend du temps et ne peut pas être assimilé à une perte d’activité classique, ce qui rend l’assurance chômage traditionnelle inadaptée.
Au cours des prises de paroles du public, Guillaume Lanneau (SAIF / CGT) a alerté sur les disparités créées par des caisses autonomes et sur le besoin de reconnaître le travail des auteurs dans le régime général. « La caisse autonome, on en a déjà fait l'expérience et ça ne marche pas. La réalité, c’est qu’il faut être solidaire, d’autant plus que les auteurs cotisent », complète Stéphanie Le Cam, directrice de La Ligue des auteurs professionnels. Denis Bajram, auteur de bande dessinée, a de son côté illustré la réalité du terrain : « On travaille tout le temps, mais dès qu’on n’a plus de contrat, on se présente nous‑mêmes comme “au chômage”, même si on prépare notre prochain projet ».
Tout au long de la discussion, les intervenants ont exploré des pistes comme l’augmentation de la contribution des diffuseurs, la création d’un compte personnel de création ou une meilleure intégration au régime général d’assurance chômage, tout en soulignant l’importance de reconnaître la professionnalité des auteurs et autrices.
