Arnaud Viviant, écrivain et critique, au Masque et la Plume sur France Inter notamment, est déjà auteur de Cantique de la critique (La Fabrique, 2021). Essai érudit dans lequel il retraçait l’histoire du genre, de ses prémices à l’époque romantique à sa dissolution actuelle dans la promotion. Et de Station Goncourt (La Fabrique, 2023), qui revenait sur 120 ans de prix littéraires.
Dans son nouvel ouvrage, L’art d’avoir toujours raison en littérature, on retrouve l’écriture informée et volontiers polémique qui fait l’intérêt des précédents. Associé à une bonne dose de mauvaise foi comme l’exige l’intitulé Schopenhauerien de la collection des éditions du Rocher.
Il y expose « les meilleures stratégies pour triompher en littérature » dans des chapitres aussi courts que drolatiques : « Suis un procès à sensation ou bien rédige des listes. » ; « Fais l’éloge de la librairie et des libraires. » ; « Affirmer le plus tranquillement du monde que personne ne sait lire, à part toi. » ; « Affirmer le plus tranquillement du monde que personne ne sait écrire, même pas toi. » Dans lequel il note, comme une prémonition des controverses actuelles : « Ainsi peux-tu désormais conclure que personne n'écrit aussi bien qu'une IA. “C'est bluffant”, ont d'ailleurs confié aux médias un ou deux écrivains français qui, eux-mêmes, hélas, n'écrivent pas si bien que ça. »
« Attaque les écrivains que tu n’aimes pas sur leur dentition »
Toujours avec ce tonitruant sens de l’excès, il assène : « D’ailleurs, pour qu’on t’identifie bien parmi tous les produits littéraires, tu portes toujours une parka, une casquette, un piercing, une voilette, des chapeaux fantaisie, un T-shirt de punkette, bref un accessoire auquel on t’accroche par métonymie au portemanteau médiatique. »
Pour ensuite proposer comment saper méthodiquement cette stratégie des apparences : « Attaque les écrivains que tu n’aimes pas sur leur dentition ». Et joignant l’exemple de ce qu’il ne faut pas faire à la description de comment le faire, il exhume un texte du polémiste Marc-Édouard Nabe portant sur… Arnaud Viviant : « C’est un impitoyable sans-culotte de la Terreur : rien n’est assez politique pour lui, il adore argumenter sans trop sourire (ses vilaines dents ne le supporteraient pas). »
