La militante des droits humains et Prix Nobel de la paix 2023, Narges Mohammadi, a été transférée dans un hôpital de Téhéran, le dimanche 10 mai. Emprisonnée depuis le 5 mai 2015, celle qui est aujourd’hui âgée de 54 ans poursuit depuis plus de vingt ans son combat pour la liberté et les droits humains, devenant l’une des figures les plus emblématiques de la contestation contre la République islamique d’Iran.
Selon son équipe juridique, elle a déjà passé plus de dix ans en détention et doit encore purger dix-huit années de prison pour différentes accusations liées à la sécurité nationale. Malgré cela, son engagement reste intact. « Nous devons continuer à lutter et à nous sacrifier », confiait-elle récemment à l’AFP, « tant que la liberté et la démocratie ne seront pas une réalité en Iran ».
« Son enfance, son activisme, son engagement »
En septembre, elle publiera chez Robert Laffont Une femme ne renonce jamais : notre combat pour la liberté, la démocratie et les droits humains en Iran. Dans cet ouvrage autobiographique, écrit depuis la prison, Narges Mohammadi revient sur son parcours personnel et politique. « Elle raconte son enfance, son activisme, son engagement, mais aussi ce que signifie être une femme en Iran », explique son éditrice Claire De Sêrro.
Le livre retrace également la manière dont le régime iranien a façonné son engagement : « Quand on assiste à l’exécution d’intellectuels, forcément cela construit votre imaginaire et votre résistance », souligne l’éditrice. Pour elle, le texte dépasse largement le cadre du témoignage personnel : « C’est un texte qui a vocation à entrer dans le débat démocratique actuel autour des questions de liberté, des droits des femmes et de l’Iran. Mais il possède aussi une dimension intemporelle : je pense que c’est un livre qu’on pourra encore lire dans vingt ans. »
Publier des voix de résistance
Au sein de la maison d’édition, cette publication s’est imposée comme une évidence, « c’est une figure importante, un texte fort, qui résonne avec l’histoire et la ligne éditoriale de la maison », poursuit Claire De Sêrro, rappelant que l’éditeur publie également des auteurs comme Margaret Atwood, Kathryn Stockett ou encore Alexeï Navalny. « Publier des voix fortes, qui portent une forme de résistance, fait partie de notre identité éditoriale », précise-t-elle.
L’éditrice évoque aussi une dimension plus personnelle dans ce projet : « Il y a, dans les autrices que je publie, cette conviction de porter la voix des femmes et de faire en sorte qu’on les entende, encore plus lorsqu’on tente de les faire taire. C’était cohérent éditorialement, mais aussi nécessaire à titre personnel, dans une forme de résistance qui me semble essentielle aujourd’hui. »
Claire De Sêrro rappelle qu’en 2017, Narges Mohammadi avait déjà commencé un travail autobiographique sous forme de carnets manuscrits. Une vingtaine d’entre eux avait finalement été détruits par ses geôliers.
Selon son éditrice, l’obtention du Prix Nobel de la paix, en 2023, a marqué un tournant dans ce projet d’écriture. « Elle s’est rendu compte que sa parole prenait une ampleur nouvelle et qu’il devenait d’autant plus nécessaire de raconter ce système de l’intérieur », explique-t-elle.
Les conditions d’écriture du manuscrit
Rédigé en prison, le manuscrit a été transmis clandestinement, fragment par fragment, grâce à l’aide de codétenues qui risquaient leur vie pour faire sortir les textes.
Dans un texte daté du 12 février 2025, Narges Mohammadi revient elle-même sur les conditions dans lesquelles le livre a été écrit après son transfert brutal de la prison d’Evin vers celle de Zanjan. « Le véritable défi n’est pas d’écrire : c’est de faire sortir ces mots au-delà des murs de la prison. Faire passer clandestinement des notes manuscrites n’est pas seulement difficile ; c’est dangereux, une tâche semée de risques à chaque étape », écrit-elle. Elle raconte également la surveillance constante exercée sur les détenues, allant jusqu’à l’infiltration d’informatrices parmi les prisonnières.
Malgré cette violence carcérale, son témoignage reste traversé par une forme d’espoir : « Nous avons vu naître une solidarité, un soutien et une coopération accrus entre détenues », écrit-elle encore. Avant de conclure : « Plus les politiques sécuritaires du régime, les inspections et la surveillance des couloirs et des parloirs devenaient strictes, plus nous trouvions d’autres moyens de faire sortir nos voix, nos écrits et nos messages. Bien sûr, il nous arrivait parfois d’en payer le prix fort. »
Une mobilisation internationale
Le combat de la militante iranienne trouve aujourd’hui un écho croissant à l’international. La fondation Narges Mohammadi a notamment indiqué que 113 lauréats du prix Nobel se sont unis pour demander sa libération après son transfert à l’hôpital. Une mobilisation qui témoigne de l’ampleur prise par son combat bien au-delà des frontières iraniennes.
