Le réseau Mon Chat Pitre s'agrandit. Après le succès de la librairie mère à Aix-en-Provence, ouverte en 2021, et l'inauguration d'un deuxième point de vente à Colmar en avril 2025, Solène Chavanne et son associé Jean-Philippe Doux s'apprêtent à conquérir Bordeaux. Leur concept ? Une librairie généraliste où des chats adoptés en refuge déambulent librement parmi les étagères, les rayonnages et surtout les clients.
« Ayant moi-même un chat chez moi qui traîne dans mes livres, je savais que ce concept n'existait pas encore », confie la fondatrice Solène Chavanne, journaliste sur LCI et ancienne chroniqueuse animaux, jointe par Livres Hebdo.
Mon Chat Pitre entend promouvoir l'adoption des chats pour les librairies en travaillant avec les petites associations locales. « C'est une librairie généraliste avec des chats adoptés en refuge parce que le message, c'est vraiment l'adoption. On fait travailler les petites associations locales pour les mettre en lumière », insiste Solène Chavanne. À Aix-en-Provence, huit félins ont ainsi trouvé leur place entre les étagères de littérature française, étrangère, BD, mangas et jeunesse.
Des chats stars qui ramènent les lecteurs au livre
Le succès dépasse toutes les espérances. Avec plus de 91 000 abonnés sur les réseaux sociaux et 50 millions de vues sur Instagram, les huit félins d'Aix-en-Provence sont devenus de véritables influenceurs. « On a des clients de Nouvelle-Calédonie pour venir voir nos chats qui sont des stars des réseaux sociaux. Je reçois plein de messages de gens par rapport à l'ouverture prochaine à Bordeaux. Les gens sont capables de faire deux ou trois heures de route pour venir », confie Solène Chavanne.
Le chiffre d'affaires de la librairie aixoise a d'ailleurs doublé entre la première année et 2024. L'effet sur la clientèle est tangible : 85 % de femmes, attirées d'abord par les animaux, puis par les livres. « Ce qui est sympa avec les chats dans nos librairies, c'est qu'ils attirent et ensuite les gens regardent le livre qui est posé sur le chat, notamment les jeunes. On a vu que les écrans prenaient beaucoup de place et que le chat permettait ce retour à la lecture », observe la fondatrice.
Chaque félin bénéficie d'un parrain célèbre : Maxime Chattam, Bernard Werber, Mélissa Da Costa à Aix, Benjamin Lacombe à Colmar. Pour Bordeaux, c'est Bruno Solo qui a accepté le parrainage. « On prend des chats HPI qui savent lire évidemment », plaisante Solène Chavanne. Le bien-être animal reste prioritaire : espace minimum de 100 m², parcours aménagés, pièce dédiée avec croquettes et eau, vétérinaire référent, et sélection rigoureuse de chats au caractère sociable. « On fait un vrai travail pour choisir des chats qui ont le contact facile avec les humains et qu'ils s'entendent bien avec les autres chats », précise-t-elle.
Les chats prêts à recevoir les prochains clients- Photo SOLÈNE CHAVANNE
Pour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Un modèle de licence qui mise sur l'indépendance
Pour Bordeaux, deux meilleures amies ont été sélectionnées parmi près de 300 candidatures venues du monde entier. « Là-dessus, ces personnes qui viennent s'occuper de ces librairies doivent quitter leur travail, c'est un vrai changement de vie », souligne Solène Chavanne. Les candidates n'ont pas encore pu être nommées car elles n'ont pas encore quitté leur emploi actuel. Condition indispensable imposée par la fondatrice : embaucher un libraire professionnel, même si elles ne le sont pas elles-mêmes.
Le développement repose sur des licences de marque plutôt que sur des franchises classiques. « On voulait vraiment que ça soit des librairies indépendantes, qu'elles fonctionnent avec leurs stocks, avec leurs sélections de livres. On a donné des codes, des ingrédients à respecter, chaque Mon Chat Pitre s'éclate et s'amuse », précise Solène Chavanne.
Concrètement, chaque enseigne garde sa liberté tout en bénéficiant du nom, de la communication et de l'accompagnement Mon Chat Pitre. « C'est quasiment comme la franchise, mais c'est moins réglementé ». L'ambiance qui règne dans ces « ronron librairies » semble unique. « C'est extraordinaire la convivialité que ça génère. Dans une boutique Mon Chat Pitre, les gens sont tous heureux », s'enthousiasme la fondatrice.
Une charte simple guide les visiteurs : ne pas porter les chats, pouvoir les caresser même endormis, ne pas courir ni faire trop de bruit. « Ça reste très détendu, très bienveillant, on ne fait pas de l'ultra-protectionisme des chats », assure-t-elle.
Six autres ouvertures sont prévues prochainement : Versailles, Toulouse, Lyon, Albi et Nancy. Des demandes affluent même de Suisse, Belgique et Québec. La révolution féline du livre ne fait que commencer.

