Le 9 avril, trois ouvrages inaugurant la nouvelle collection de Plon, « Questions ouvertes », paraîtront simultanément : La France est-elle un pays communiste ? de Franz-Olivier Giesbert, Les Français veulent-ils encore travailler ? d’Anne de Guigné et Que faire de nos élites politiques ? de Kevin Brookes. À cette occasion, Livres Hebdo a rencontré Jean-Luc Barré, président des éditions Plon, pour présenter cette collection et en éclairer les enjeux.
Livres Hebdo : Pouvez-vous nous parler de l’esprit de « Questions ouvertes » ?
Jean-Luc Barré : Je souhaitais lancer une collection qui restitue la valeur du débat à travers des questions ouvertes, et qui propose des points de vue équilibrés et ouverts, précisément. Non pas des livres polémiques à proprement parler, mais des ouvrages dans lesquels s’expriment des opinions éloignées de toute forme d’extrémisme ou de démagogie tapageuse. Je crois à la vertu d’opinions expliquées et approfondies qui encouragent le lecteur à se forger sa propre réflexion. Nos livres auront vocation à rester dans les bibliothèques et à servir d’ouvrages de référence.
Pourquoi ces petits formats sous forme de question ?
L’idée de départ est de créer une collection de petits formats, proposés à un prix accessible : 10 euros. Nous prévoyons six parutions par an, avec un tirage d’environ 10 000 exemplaires. Ce n’est pas, en soi, un concept fondamentalement original, mais c’est un format qui permet une expression claire et rapide, accessible à tous les publics, notamment les plus jeunes. L’objectif est d’aller à l’essentiel de la manière la plus complète possible, avec des ouvrages de 80 à 100 pages, portés par une véritable exigence d’écriture. Ce ne seront pas des livres dogmatiques, refermés sur eux-mêmes. Le premier livre de la série, signé de Franz-Olivier Giesbert, La France est-elle un pays communiste ?, exprime une opinion forte, dérangeante voire provocante, mais en se fondant sur une argumentation très précise, synthétisée en une centaine de pages, avec tout l’éclat d’une grande écriture.
Les trois couvertures de la nouvelle collection « Questions ouvertes », à paraître le 9 avril- Photo PLONPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Ces questions adoptent une forme volontairement polémique ?
Le caractère provocateur ne me gêne pas ; je pense même que la question doit l’être. Il s’agit de rompre avec une forme d’inertie, de monotonie, afin d’interpeller le lecteur ou de rejoindre ses attentes. J’aime beaucoup cette formule de l’écrivain Dominique de Roux qui pourrait servir de devise à notre collection : « La provocation, c’est la remise en marche ». C’est précisément cette remise en marche que je cherche à susciter en abordant sans tabou et avec une véritable exigence de liberté intellectuelle, des sujets déjà présents dans le débat public, mais trop rarement traités de cette manière.
Que recherchez-vous chez les auteurs de cette collection ?
Des auteurs ouverts d’esprit, qui ne dépendent ni d’une formation politique, ni d’une école de pensée, ni d’un système idéologique. Personne n’est là pour délivrer une parole formatée. Ce qui m’intéresse, lorsque je lis un livre, c’est d’être éclairé par son contenu, non qu’on me dise ce que je dois penser. Être capable, en 80 à 100 pages, de s’exprimer de manière solide et informée sur des thèmes essentiels (l’immigration, le travail, l’état de l’économie et de la société, les questions écologiques ou culturelles) est, à mes yeux, un véritable gage de qualité. Et une absolue nécessité aujourd’hui !
« Une grande partie de la population souhaite retrouver un débat public de qualité »
Comment « Questions ouvertes » se situe-t-elle par rapport aux autres collections de Plon ?
Il y a une vingtaine d’années, il existait chez Plon une collection intitulée « Tribune libre » dont l’esprit se rapprochait des thèmes et du style de « Questions ouvertes ». À cette époque il n’y avait ni réseaux sociaux ni chaînes d’info continue. Le livre jouait un rôle majeur dans les confrontations d’idées politiques et intellectuelles. Tout l’enjeu de notre collection est de répondre au souhait d’une grande partie de la population de retrouver un débat public de qualité.
Comment cette nouvelle collection s’inscrit-elle dans notre époque ?
Nous sommes à une époque où le débat public dont je parle a été confisqué par les deux extrêmes, avec, de part et d’autre, des réponses présentées comme définitives, nous expliquant ce qu’est le bien et le mal de façon tranchée et naturellement intolérante. Ce que je souhaite apporter, c’est une approche plus libérale, permettant à des femmes et des hommes de droite, de gauche ou du centre de livrer un point de vue nuancé et étayé sur des sujets aussi controversés que celui de l’immigration, par exemple. Il est aujourd’hui devenu difficile d’en parler calmement, de manière sensée et équilibrée, alors même qu’il s’agit d’une question majeure qu’on n’aborde trop souvent qu’avec des positions qu’on souhaite inconciliables. Ce sera précisément l’objet du prochain livre de Pascal Perri, journaliste aux Échos et intervenant sur LCI, intitulé A-t-on besoin de l’immigration ? L’ambition de cet ouvrage, à paraître en octobre ou au début de l’année 2027, est de nous éclairer précisément sur des réalités souvent méconnues ou déformées. Je crois davantage à la vertu de la question qu’à celle de la réponse.
Peut-on alors parler de livres militants ?
Ce ne sont pas des livres militants. Je ne veux pas que Plon soit une maison militante, c’est une grande maison qui a vocation, je le répète, à accueillir des auteurs de toutes opinions, à l’exception des extrêmes qui ont d’autres maisons pour cela. La vie politique souffre aujourd’hui d’être polluée par des prises de position radicales, je ne veux pas contribuer à cette polarisation mortifère.
« Un souffle nouveau au sein de Plon »
À quel public s’adresse cette nouvelle collection ?
Cette collection s’adresse à un public de tout âge, à celles et ceux qui s’interrogent sur la France, sur les enjeux de la future élection présidentielle, sur l’évolution du monde… Je pense aux plus jeunes, notamment. Je souhaite leur apporter ce que le livre peut offrir de singulier : des éléments de réflexion personnels, construits, approfondis. Ce qui leur parvient le plus souvent, ce sont des vérités toutes faites assénées sans nuance et au mépris des autres. Or, l’objectif est précisément de leur permettre de nourrir leur propre réflexion, la seule façon pour eux de devenir des hommes et des femmes libres.
Qu’est-ce que cette nouvelle collection dit de la ligne de Plon ?
L’esprit de Plon consiste à revenir à ce qu’a toujours été cette maison : un lieu de diversité intellectuelle et culturelle ouvert à toutes les formes de réflexion et d'opinions sans céder à la radicalité. L’équipe éditoriale de cette nouvelle collection a 30 ans de moyenne d’âge. Son ambition est d’apporter un souffle nouveau au sein d’une maison porteuse d’un formidable héritage, tout en renouant avec sa cohérence et son état d’esprit originel.
Pouvez-vous nous parler des livres à venir ?
Plusieurs projets sont d’ores et déjà prévus. Luc Ferry publiera un ouvrage, à la rentrée, consacré à l’allongement de la durée de vie, Mathieu Gallet signera un livre sur les médias et Hubert Védrine fera un tout des quelques sujets essentiels sur lesquels les Français pourraient encore parvenir à s’entendre. J’envisage d’écrire moi-même un ouvrage, dans cette collection, un ouvrage qui pourrait s’intituler « Qu’avez-vous fait de nos institutions ? ». D’autres titres, à l’avenir, s’attacheront à analyser les grandes questions internationales, notamment celle du modèle américain. Une question plus que jamais d’actualité.

