Comme un retour aux sources. Depuis début juillet, Patrice Evenor est le nouveau président de Belles Lettres Diffusion Distribution. Il clôt ainsi le chapitre des éditions Thierry Souccar dont il fut le directeur général à partir de 2021. « Avoir cette vision de l'intérieur d'une maison d'édition avec ses difficultés, ses besoins, ses attentes, est une force nouvelle », souligne celui qui s'est auparavant illustré dans la diffusion-distribution.
Diplômé de l'École supérieure de commerce de Pau, Patrice Evenor fait ses premiers pas dans le secteur en 2006, en intégrant Volumen. Il y occupe plusieurs postes dont celui de directeur de la diffusion jusqu'en 2016, date à laquelle il quitte la société, alors rachetée par Interforum. En 2017, il rejoint Harmonia Mundi Livre comme directeur général adjoint. Après une parenthèse du côté de l'édition, Patrice Evenor retrouve donc un terrain bien connu, avec la volonté d'offrir aux quelque 200 éditeurs distribués par BLDD un environnement « stable » et propice au développement.
Livres Hebdo : Vous succédez à Régis de Villers à la présidence de BLDD mais celui-ci sera nommé secrétaire général à la rentrée. Quelle est la nouvelle organisation à la tête de la structure ?
Patrice Evenor, président de Belles Lettres Diffusion Distribution : Régis de Villers est arrivé pour le gros chantier 2025, à savoir la mise en place du nouvel ERP, Divalto, aux niveaux logistique et informatique. Pendant cette période, il a pris la présidence de Belles Lettres Diffusion Distribution par intérim. Avec Caroline Noirot, présidente de la maison d'édition Les Belles Lettres dont nous sommes une filiale, il a été décidé de donner une dynamique nouvelle en nommant un président issu de la diffusion-distribution. Toute la partie opérationnelle dépend donc de moi, tandis que Régis de Villers est chargé des aspects administratifs et financiers. Sur la partie distribution, je travaille en direct avec Sandrine Chamayou pour avoir une structure encore plus performante, même si les libraires disent déjà qu'elle est extraordinairement régulière.
« L'indépendance n'est pas un vain mot »
Quelles sont vos priorités dans un contexte que l'on sait difficile, tant pour l'édition que pour la librairie indépendante ?
Mon arrivée s'inscrit dans une stratégie, définie par les actionnaires, qui a été d'investir fortement sur la logistique, notamment sur l'ERP. C'est une bonne approche car nous avons besoin d'un outil sûr et efficace. Par ailleurs, Belles Lettres Diffusion Distribution a la réputation d'être un acteur incontournable en librairie indépendante par la qualité de ses équipes et des catalogues qu'elle défend. L'indépendance n'est pas un vain mot : notre objectif est d'offrir un environnement stable et modernisé pour accompagner nos éditeurs et en accueillir de nouveaux, en leur permettant de se développer. En construisant une offre complémentaire autour des catalogues existants, l'idée n'est pas de concurrencer les plus gros mais d'atteindre une taille critique qui nous permettra d'affronter les éventuelles difficultés de la période qui se présente à nous.
Outre le développement des catalogues, quelles pistes allez-vous explorer ?
Nous entendons être plus incisifs sur la GSS, auprès d'acteurs comme la Fnac et Cultura. Nous réfléchissons par ailleurs à des façons d'aborder le 2e voire le 3e niveau de façon plus intéressante et opportune, à de la télévente… Cette démarche s'inscrit dans un plan d'action à cinq ans que nous travaillons actuellement et qui sera mis en place à partir de 2027.
« Trois maisons spécialisées nous rejoignent »
Quels segments éditoriaux regardez-vous de près ?
Certains segments, comme la jeunesse, nous intéressent fortement. Trois maisons spécialisées nous rejoignent d'ailleurs dans les mois qui viennent : Helvetiq graphiques à partir du 1er octobre, les éditions Athizes à partir du 1er novembre, et la maison québécoise Les 400 coups à partir du 1er janvier 2027. Sur la partie littérature, nous avons plein d'idées… Mais nous allons veiller à ne pas avoir trop de nouveautés à travailler.
Compte tenu de l'effondrement de Makassar, 200 maisons indépendantes craignent pour leur survie. Avez-vous des contacts avec certaines d'entre elles ?
Pour nous, l'arrêt de l'activité de Makassar n'est pas une opportunité. Tout d'abord, ce n'est jamais une bonne nouvelle qu'un acteur disparaisse. Ensuite, la mise en place d'une collaboration entre un éditeur et un diffuseur-distributeur ne doit pas se faire dans l'urgence ou par défaut, mais résulter d'un échange et d'une adéquation entre le catalogue de l'éditeur et la façon de travailler d'un diffuseur. Les éditions sociales et La Dispute, précédemment chez Makassar, nous ont rejoints mais nous avions déjà engagé des discussions avec elles auparavant.
