Comment entretenir, dans un secteur sous pression, la relation directe entre diffuseurs, éditeurs indépendants et libraires ? Belles Lettres Diffusion Distribution (BLDD) a apporté une réponse en réunissant jeudi 4 juin pour la première fois une quarantaine de libraires et une dizaine d'éditeurs de son catalogue dans ses locaux du Kremlin-Bicêtre (94). L'occasion d'une matinée de présentation de rentrée littéraire doublée d'une « déambulation » dans le comptoir de vente du diffuseur, très appréciée des participants.
Un besoin de lien, pas un effet de mode
L'initiative part d'un constat simple, formulé par Christophe d'Estais, directeur commercial de BLDD : « On voit que les libraires nous aiment, qu'ils ont envie de défendre ce catalogue. Nous, on a besoin d'eux parce que ce sont eux qui nous portent et qui nous représentent. » Si d'autres diffuseurs organisent ce type de rendez-vous, BLDD ne l'avait jamais fait pour son volet littérature.
La matinée s'est articulée autour de la présentation des nouveautés de rentrée, portées par une dizaine de maisons dont Tusitala, Le Chemin de fer ou La Contre Allée,des lectures d'extraits par la comédienne Constance Dollé, la déambulation dans le comptoir et un vide-bibliothèques de services de presse.
Le parti pris du lieu, les entrepôts de BLDD plutôt qu'une salle louée, est assumé. « Le fait de le proposer dans un lieu de travail a vraiment du sens », note Christophe d'Estais.
« Caverne d’Ali Baba »
La formule tranche avec les présentations classiques. Julien Tardif, libraire à La Fleur qui pousse à Dijon, qui assistait pour la première fois à une présentation de rentrée littéraire, en souligne l'équilibre : « Il paraît que c'est un petit peu trop long parfois [ailleurs]. Là, c'était pile poil comme il fallait. » Pour Béatrice Leroux, des Traversées (Paris Ve), la déambulation dans le comptoir constitue le point fort de la matinée : « Il y a quelque chose qui fait que ça évoque un peu la caverne d'Ali Baba. »
Les lectures à voix haute ont également retenu l'attention. Constance Dollé, habituée aux enregistrements d'audio-livres, décrit un exercice inhabituel. « Je suis la porte-voix d'éditeurs qui ont eu des coups de cœur pour des écritures et dont il faut faire entendre dans un temps très court la qualité. »
Du côté des représentants, Flora Moricet note que le format « incarne » des textes qu'elle connaît déjà. « Ce sont des maisons d'édition indépendantes qui défendent des choses politiques et d'une très grande qualité formelle, littéraire. C'est touchant et c'est important d’en partager l’écho sous toutes les formes ».
Un rendez-vous appelé à se pérenniser
L'événement intervient dans un contexte de vigilance accrue sur la gestion des stocks et la rentabilité en librairie. Julien Tardif, dont la librairie affiche une progression de 4 % sur l'année, défend une stratégie de recentrage sur le fonds. « Je vois bien quand je commande des livres qu'on n'avait pas depuis longtemps. Les gens croient que ce sont des nouveautés ».
Une logique en phase avec le catalogue que BLDD cherche précisément à faire valoir auprès des libraires indépendants. Pour Christophe d'Estais, le bilan ne fait pas de doute : « L'opération est un succès. L'année prochaine on fera la même chose, c'est sûr. »
