Autrice du poème-manifeste Speak white ("Parlez blanc"), affiché sur les murs de Montréal en 1968, la Québécoise Michèle Lalonde est décédée jeudi 22 juillet. Célèbre dans sa province natale pour ce texte devenu un emblème du mouvement souverainiste du Québec, celle qui aurait fêté ses 84 ans le 28 juillet restait largement méconnue en France.
Depuis le 29 avril, cependant, les lecteurs français peuvent découvrir Speak white ! : pourquoi renoncer au bonheur de parler français ? d’Alain Borer, paru dans la collection "Tracts" de Gallimard. Empruntant son titre au poème de Michèle Lalonde – qui se réapproprie une injure utilisée par les anglophones envers les francophones du Canada depuis la fin du XIXe siècle – cet essai défend que "la langue française est en passe de s’effondrer en une sorte de dialecte de l’empire anglo-saxon".
À l’origine, la poétesse écrit Speak White dans le cadre des Poèmes et chants de la résistance, une série de trois spectacles de poésies et chansons politiques, présentés entre 1968 et 1973, afin de dénoncer l’oppression des Québécois francophones. À l’époque, il s’agit notamment de soutenir la cause de Pierre Vallières et de Charles Gagnon, qui venaient d’être emprisonnés pour leurs activités au sein du Front de libération du Québec, une organisation proche des mouvements anticoloniaux de Cuba, d’Amérique du Sud, de Palestine, d’Algérie, mais également des Black Panthers aux États-Unis.
Pour les collectionneurs, cette édition de Speak White est disponible à la librairie Le Port de tête pic.twitter.com/SprAw0uzaD
En 1970, Michèle Lalonde déclame son texte coup de poing lors de la Nuit de la poésie. Une performance qui éclipsera ses autres œuvres, pourtant nombreuses. Michèle Lalonde a en effet écrit deux pièces de théâtre, Ankrania ou Celui qui crie (1957) et Dernier recours de Baptiste à Catherine (1977). Elle a également signé plusieurs recueils de poèmes, dont Terre des hommes (1967), mis en musique par André Prévost, et Métaphore pour un nouveau monde (1980), qui lui valurent de recevoir le Prix du poète en 2004. Parmi ses essais, citons Défense et illustration de la langue québécoise (1979), publié en France par Robert Laffont.
En 1980, l’écrivaine participe à une tournée dans l’Hexagone, de La Rochelle au Centre Pompidou à Paris, en passant par le Festival d’Avignon, pour un spectacle de poésie orale intitulé "Les sept paroles du Québec". Elle est alors la seule femme aux côtés de Gaston Miron, Yves-Gabriel Brunet, Michel Garneau, Gilbert Langevin, Raôul Duguay et Paul Chamberland, se souvient son fils dans La Presse.
"Une grande dame, dramaturge, essayiste montréalaise nous quitte. L’œuvre de Michèle Lalonde était engagée, inspirée et nous nous souviendrons d’elle pour son ardente défense de la langue française", s’est émue sur Twitter la mairesse de Montréal, Valérie Plante.
Œuvrant au sein de l’Union des écrivaines et écrivains du Québec, mais également comme présidente de la Fédération internationale des écrivains de langue française créée en 1984, Michèle Lalonde défendait aussi le droit d’auteur avec ferveur.
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