En 2009, je pensais avoir déjà compris mon métier d'éditrice. J'avais cofondé Talents Hauts, je lisais des manuscrits à la chaîne, j'animais des comités de lecture avec un air inspiré et un stylo 4 couleurs. Bref, j'étais sérieuse. C'est dire si j'aurais dû me méfier.
Ce jour-là, avec ma comparse Laurence Faron, nous tenons comité. Notre jeune et brillante stagiaire, Clémentine, tout juste 20 ans, a sélectionné les manuscrits correspondant à la ligne éditoriale, avec des fiches de lecture impeccables. Deux textes signés d'une mystérieuse « Mélusine » sont enthousiasmants : c'est vif, intelligent, juste. Verdict unanime : il faut absolument contacter cette fameuse Mélusine.
Le lendemain, je suis seule au bureau avec Clémentine. Je fouille partout pour trouver le numéro de téléphone de Mélusine car j'aimerais lui parler directement plutôt que lui écrire. Rien. Je peste, je rouspète, je marmonne des choses peu compatibles avec l'image policée de la profession. C'est alors que Clémentine, très calme, me glisse : « À moins que tu ne l'aies en face de toi… ». Hein ?
Joie fébrile
Mélusine était Clémentine, Clémentine Beauvais. Elle avait envoyé ses textes sous pseudo, bien calibrés pour nos collections qu'elle connaissait par cœur, puis les avait glissés dans la bonne pile. Nous avons publié ses premiers livres avec une joie fébrile. Et nous avons assisté, fières et légèrement médusées, au départ de sa brillante carrière d'autrice.
Avançons dans le temps. Mars 2025, je viens d'arriver chez Larousse Jeunesse. Je discute avec Salomé Fernandez, l'éditrice du label Comet, qui me parle d'un premier roman très prometteur : Done For Good. Une romance new adult fraîche, inventive, avec un pitch irrésistible. Cela tombe à merveille, nous lançons en juin 2026 Comet Sparks, notre label New Adult : ce texte sera le troisième titre de la collection qui paraîtra en septembre.
L'autrice s'appelle Aure Demangeat. C'est son premier roman. Elle a 24 ans et, détail savoureux, c'est… la première stagiaire du label Comet.
La boucle est bouclée. Ou plutôt, elle recommence à tourner. Je crois que je n'ai pas fini d'être émerveillée par ces jeunes femmes de 20 ans qui écrivent, lisent et se réinventent avec une audace joyeusement déconcertante.
Mon métier d'éditrice ? Repérer les talents, bien sûr. Les signer, si possible. Mais surtout accepter l'idée très réjouissante que, parfois, le talent est déjà assis à mon bureau.
