Je me souviens de l'hésitation, de la maladresse avec lesquelles, enfant, j'ai tracé mes premières signatures. C'est bien impressionnant, à cet âge, de savoir que le nom qui est le sien, et qui va nous accompagner toute la vie, doit être non seulement écrit mais dessiné pour attester notre identité. Signer c'est donc dire quelque chose de soi. Et quand bien même c'est le plus petit roman ou récit au monde, le plus concis, il devient, au fil des jours et des années, une longue histoire.
« Signer. La belle aventure, la rencontre attendue. »
Reste le mystère de sa propre signature. Qui sommes-nous aux yeux des autres lorsque nous traçons notre nom ou nos initiales ? Qui sommes-nous sinon un mystère en cours que rien n'éclaire si ce n'est ce que l'on est en mesure de partager ? Ainsi les mains de la grotte Chauvet, présence de ce qui a été et de ce qui demeure : la signature par excellence.
Une signature est un voyage : signer, c'est s'embarquer, rêver à notre Asie intérieure : c'est notre seule calligraphie. Mais c'est aussi s'affirmer. Le trait de notre signature, léger, souple, délié, bref ou audacieux, est la forme de notre engagement. Il faut pour signer un élan plein d'assurance car signer, c'est dire oui, c'est promettre, et il y a dans la promesse le désir et la confiance en l'avenir. Derrière un nom dessiné, tout l'être. Toute une vie en mouvement, frémissante de ses secrets, de ses rires, de ses paysages, de ses désarrois, déjà impatiente de ses horizons. Signer c'est être présent à soi, et présent à l'autre, c'est être soi avec l'autre. Prêts pour la joie.
La signature de l'auteur ou de l'autrice au bas du contrat est toujours pour l'éditrice que je suis une réelle émotion. C'est un présent : le printemps de ce qui a commencé sans nous, de ce qui se poursuit avec nous, autrement. Signer. La belle aventure, la rencontre attendue : ainsi s'écrit le catalogue d'une maison d'édition. Je reviens toujours à la si belle phrase de Pasolini : « Avec le style on ne triche pas. » Avec sa signature non plus.
