Les évadés. Derrière le champ, c'est l'interdit, le danger, la zone où l'enfant peut tout expérimenter sans être vu des adultes. Derrière le champ, c'est au bout du jardin de Martin et son père, qui viennent de s'installer à la campagne. Tandis que ce dernier dissimule son chômage et sa dépression, le garçon fait ses premiers écarts de collégien. Puis il rencontre Capucine, qui vit en recluse chez ses parents. Ensemble, ils décident de fuir.
Sur une trame classique de fugue préadolescente- l'un craint d'être puni pour une série de bêtises, l'autre prétend être battue-, Maxence Kerloc'h construit un récit d'apprentissage âpre et troublant, exempt de romantisme. L'échappée des deux enfants se heurte à la saleté du réel, à la galère des nuits froides sans rien dans l'estomac. Mais l'aventure, pour ces gamins abîmés, est à la fois le but et la manière : il faut aller au bout, au bout de quoi, personne ne le sait, mais au bout, c'est sûr. Sous ses fines nuances de gris, le jeune auteur déforme les têtes et les corps, décale ses cadrages, instille un malaise diffus. Pour son premier album, il démontre une belle maîtrise de la narration, préférant l'évocation et le non-dit à la peinture de l'évidence. À la manière de ses protagonistes, il ne recule pas devant les obstacles et fuit le récit trop balisé. Lui aussi, il est allé derrière le champ, pour sauter dans le vide et respirer l'inconnu à pleins poumons. Et il en est revenu avec une bande dessinée singulière, qui laisse des traces.
Derrière le champ
Casterman
Tirage: 3 500 ex.
Prix: 22 € ; 208 p.
ISBN: 9782203290365
