Disparition

Marjane Satrapi, autrice de la BD et du film « Persepolis », s'est éteinte

Marjane Satrapi en 2011 - Photo Olivier Dion

Marjane Satrapi, autrice de la BD et du film « Persepolis », s'est éteinte

L’artiste franco-iranienne est décédée à Paris à l’âge de 56 ans. Autrice de Persepolis, œuvre autobiographique devenue un succès international, elle a profondément marqué le 9e art par son style en noir et blanc et son récit intime de l’exil. Son travail, entre littérature dessinée, jeunesse et créations engagées, a durablement transformé le paysage éditorial contemporain.

Par Louise Ageorges
avec AFP Créé le 04.06.2026 à 11h55

L'artiste franco-iranienne Marjane Satrapi, qui s'est fait mondialement connaître avec la bande dessinée et le film Persepolis, est décédée à Paris à l'âge de 56 ans, a appris l'AFP jeudi auprès de son entourage.

« Marjane Satrapi est morte de tristesse un peu plus d'un an après le décès de Mattias Ripa, son mari et l'amour de sa vie », indique un communiqué de ses proches transmis à l'AFP. Producteur, acteur et scénariste, Mattias Ripa est mort le 8 avril 2025.

Le phénomène Persepolis

Exilée en France depuis 1994, naturalisée française en 2006, c'est avec Persepolis que la reconnaissance de l'autrice franco-iranienne prend une dimension majeure. Publiée en quatre tomes entre 2000 et 2003 aux éditions L'Association, l’œuvre autobiographique en noir et blanc retrace les grandes étapes de sa vie, de son enfance à Téhéran pendant la révolution islamique à son entrée difficile dans l'âge adulte en Europe.

Traduit dans de nombreuses langues et vendu à plus d'un million d'exemplaires en France, Persepolis rencontre un succès considérable et impose durablement son autrice sur la scène internationale. Primé en 2001 au Festival international de la bande dessinée d'Angoulême, le premier volet avait été suivi de trois autres et porté à l'écran par Marjane Satrapi en 2007, avec Vincent Paronnaud à la coréalisation, décrochant le prix du Jury du Festival de Cannes en 2007. « Même si ce film est universel, je tiens à le dédier à tous les Iraniens », avait alors déclaré Marjane Satrapi qui a, ces dernières années encore, dénoncé les agissements de la République islamique d'Iran. Le film est ensuite récompensé aux César en 2008.

Marjane Satrapi ne s'arrête cependant pas à cette première adaptation. Poulet aux prunes, publié en 2004 chez L'Association et récompensé par le prix du meilleur album à Angoulême en 2005, est à son tour porté à l'écran en prise de vues réelles en 2011. L’ouvrage s’est écoulé depuis à plus de 100 000 exemplaires.

Diversité de productions

Mais l’implication de l’autrice dans le 9e art ne se limite pas à ces deux seules œuvres. Avant de connaître la célébrité, Marjane Satrapi publiait en France plusieurs ouvrages destinés à la jeunesse : Ulysse au pays des fous (2001), Les Monstres n'aiment pas la lune (2001) et Ajdar (2002) chez Nathan Jeunesse, ainsi que Sagesse et malices de la Perse (2001) chez Albin Michel Jeunesse. Ce dernier ouvrage, coécrit avec Lila Ibrahim-Ouali et Bahman Namwar-Motalg, a d'ailleurs fait l'objet d'une réédition en 2018. Plus tard, son album Broderies, paru en 2003, est également nommé dans la catégorie du meilleur album au Festival international de la bande dessinée d'Angoulême 2004. L’ouvrage s’est écoulé à un peu moins de 90 000 exemplaires selon les données NielsenIQ BookData de la base Electre.

Après plusieurs années consacrées notamment au cinéma, l'autrice revient finalement au 9e art en 2023 avec Femme, Vie, Liberté (L'Iconoclaste), un ouvrage collectif engagé réalisé en réaction à la mort de Mahsa Amini en septembre 2022. Sous la direction de Marjane Satrapi, auteurs, autrices, chercheurs et artistes venus d'Europe, d'Iran et des États-Unis unissent leurs voix pour soutenir le mouvement de contestation iranien. L'ouvrage rencontre un large écho auprès du public et s'écoule à plus de 100 000 exemplaires.

Autrice engagée

Adversaire acharnée des autorités de Téhéran, Marjane Satrapi avait refusé la Légion d'honneur française en 2025 pour dénoncer « l'attitude hypocrite de la France vis-à-vis de l'Iran », qui connaissait alors une nouvelle vague de répression.

« Depuis un moment, j'ai réellement du mal à comprendre la politique de la France vis-à-vis de l'Iran », avait-elle expliqué sur Instagram, regrettant que de « jeunes Iraniens épris de liberté, des dissidents, des artistes, se voient refuser des visas ». « Le refus de la Légion d'honneur n'est en aucun cas une action ou une pensée contre la France. Bien au contraire, j'aime profondément ce pays qui est le mien », avait-elle précisé.

Son compte Instagram portait la trace du chagrin causé par la perte de son mari en 2025. Réparti sur plusieurs publications, un message proclamait ainsi : « I lost the love of my life » (« J'ai perdu l'amour de ma vie »).

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