Retour au pays natal. Comme souvent les premiers romans, Habibi Beyrouth est sans doute largement autobiographique, ainsi que les éléments concernant l'autrice incitent à le penser. Manal Salamé est franco-l-ibanaise et photographe, tout comme son héroïne et narratrice, Amal. Celle-ci, à la fin du livre, justement, exposera pour la première fois, à Paris, les photographies qu'elle a prises à Beyrouth, encouragée par son père qui lui avait offert son premier appareil. Dans un geste de réconciliation et d'amour, elle lui en offrira un à son tour, afin que lui aussi puisse extérioriser sa vision de leur ville, qui porte toujours les stigmates des martyres successifs qu'elle a pu subir. La guerre civile, l'occupation syrienne, l'explosion de son port, et, aujourd'hui les bombardements israéliens qui, sous prétexte d'élimination du Hezbollah, font des victimes civiles dans la population et des dégâts dans la cité.
Tout cela traverse le récit à la chronologie chamboulée d'Amal, qui revient chez elle à l'été 2021, après pas moins de dix-sept ans d'absence, de vie à Paris. La raison en est que, naturalisée française, elle n'a comme pièce d'identité qu'un passeport français. Au Liban, elle serait donc une étrangère. Alors, afin de se réapproprier son identité - et même si elle n'a que très peu vécu dans son pays natal puisqu'elle a été élevée en Arabie Saoudite, où ses parents avaient migré dès 1985 -, elle veut à tout prix obtenir une carte d'identité libanaise. Ce qui suppose de se rendre dans le village de son père, non loin de Tyr, dans le Sud chiite, près de la frontière avec Israël. Sans le dire ni à lui, Amine, musulman chiite, ni à son épouse Nadia, berbère d'Algérie, donc sunnite. Mais, chez eux, on ne parle pas des sujets qui pourraient diviser. On parle peu d'ailleurs, et la fille aînée ressent toujours de la peur à l'égard de son père. Il leur faudra du temps et la médiation de la fille cadette, Salma, pour finir par communiquer, partager leur vécu, se parler vraiment, pour se dire quelque chose : leur amour, par exemple, inséparable de celui qu'ils portent malgré tout au Liban, ce « pays de merde » qu'ils saluent avec une affection moqueuse. Bien qu'ils aient vécu ou vivent ailleurs, ils lui reviennent toujours, comme des oiseaux migrateurs.
Habibi Beyrouth
La Tribu
Tirage: 4 000 ex.
Prix: 21 € ; 340 p.
ISBN: 9782487858459
