La rentrée se conjugue au passé, avec une vague de romans historiques. « Le genre revient dans les propositions des éditeurs et dans l'intérêt des lecteurs, observe Marguerite Mignon-Quibel, directrice des éditions de l'Archipel. Un regain déjà perceptible l'année dernière entre Adélaïde de Clermont-Tonnerre, David Diop, Alfred de Montesquiou, mais aussi grâce au succès de La petite bonne de Bérénice Pichat (paru en 2024). » Cette dernière, lauréate du prix des Libraires 2025, est d'ailleurs de retour aux Avrils avec Un marché noir, une immersion dans le Paris de la Seconde Guerre mondiale.
Passion dix-neuvièmiste
D'autres fictions se frottent à cette période. Dans Un été de trahison (Seuil), Romain Slocombe poursuit sa fresque dédiée à l'Occupation, suivant quatre jeunes Françaises aux patriotismes divergents. Chez Grasset, La rédemption de Jean-Noël Orengo relate comment Pierre Drieu La Rochelle, écrivain collaborationniste et antisémite, sauva sa première femme, Colette Jéramec, issue d'une famille juive, et ses enfants. Nouvelle dans la maison de la rue des Saints-Pères, Maylis Besserie explore, dans Les filles du 9 juin, les répercussions du massacre survenu lors de la libération de Tulle, le 9 juin 1944, à travers trois générations de femmes.
Lire aussi : Une rentrée littéraire 2026 en légère baisse avec 461 romans
Chez Sabine Wespieser, c'est aux Congés payés que s'intéresse Tiffany Tavernier, dans un roman social et d'amour racontant les premières vacances d'Emma, ouvrière parisienne et mère célibataire, à l'été 1937 dans un cabanon de Biarritz.
Le xixe siècle n'est pas en reste. Il surgit sous la plume de Lilia Hassaine dans JE (Gallimard) qui imagine le destin de la première femme de Rochester dans Jane Eyre de Charlotte Brontë. Aurélien Bellanger se penche, lui, sur Viollet-le-Duc (1814-1879), dans L'architecte de Notre-Dame, qu'il publie chez Actes Sud, où il a suivi son éditrice Maud Simonnot. À partir de l'incendie du 15 avril 2019, qui a détruit les interventions contestées de l'architecte, l'auteur met en lumière cette figure résolument moderne et plonge « dans les derniers mystères de notre histoire, de la chute du Second Empire à l'apparition de l'État islamique, de l'univers atemporel des compagnons à celui des multinationales du BTP, de Hugo à Trump », annonce la maison arlésienne.
Une « respiration »
Du côté des biographies romancées, Véronique de Bure révèle sous un autre jour Sophie Rostopchine, la comtesse de Ségur, dans Le roman de Sophie (Albin Michel), tandis que Mélanie Sadler ressuscite Séverine, première femme journaliste de France, dans Le bureau des audacieuses (La Tribu). « J'invite le roman historique en littérature blanche parce que ce sont des livres à dimension populaire et qu'ils permettent de comprendre notre monde contemporain », éclaire Julia Pavlowitch, fondatrice de La Tribu où avait déjà paru en 2025 L'affaire de la rue Transnonain, roman historique de Jérôme Chantreau, lauréat du Grand Prix des lectrices Elle.
Dans cette mouvance dix-neuvièmiste, Adrien Goetz retrace avec Les trois Hortense (Grasset) la quête d'émancipation des femmes de l'Empire à la Commune. Partant de l'itinéraire d'une paysanne au xixe siècle, Angélique Villeneuve signe quant à elle, avec Des idées d'incendie (Phébus), une ode aux oubliées et aux destinées hors norme.
Aux éditions de l'Archipel, Cécile Chabaud s'inspire de l'histoire d'Ourika dans Si nous n'étions captives. Derrière ce roman publié avec succès en 1823, et qui défendait l'égalité des races, se cachait la duchesse Claire de Duras. « Deux cents ans plus tard, l'histoire fait écho à notre époque », souligne Marguerite Mignon-Quibel, convaincue de la force des romans historiques. « Les lecteurs ont envie de s'offrir une respiration, d'aller vers une sorte de dépaysement qui nous replonge dans une époque où le temps était plus lent, où on était moins en ligne », estime l'éditrice.
Hybridations
Ce temps, instructif et dépaysant, peut être le xviie siècle chez Camille Pascal avec Le bal des foudroyés (Robert Laffont), tiré à 20 000 exemplaires, qui raconte la France de 1661 quand, à 22 ans, Louis XIV a inventé le pouvoir absolu. Ce peut être aussi la fin du xve siècle en Afrique de l'Ouest avec Les maîtres du sol (Liana Levi), dans lequel Ryad Assani-Razaki déploie une fresque sur les ravages des premiers contacts entre les communautés et les navigateurs européens.
L'attrait pour le genre marque aussi une envie de divertissement, et de jouer avec les genres. « J'avais ce désir de romanesque, de cape et d'épée, de complots, de bagarres de taverne », rapporte Claire Duvivier, cofondatrice des éditions Asphalte, éditrice freelance depuis 2025, et autrice de La dame de la Seine, à paraître aux Forges de Vulcain, qui se déroule dans le Paris du xvie siècle. Son personnage, inspiré du véritable Christopher Marlowe, est un dramaturge excentrique contemporain de Shakespeare, et un espion occasionnel pour la couronne. « En me plaçant sous le patronage lointain de Raymond Chandler et de son détective Philip Marlowe - dont le nom est un hommage à Christopher Marlowe - on est à la fois au xvie siècle mais aussi un peu dans l'atmosphère des années 1940 aux États-Unis, avec ce personnage qui déambule dans une ville tentaculaire où des minorités sont mises au ban de la société. Des mécanismes que l'on rencontre encore aujourd'hui », indique la romancière qui joue avec les codes du roman historique, du roman d'aventures et du hard boiled. Et de conclure : « Un roman historique parle autant, voire plus, de l'époque à laquelle il est écrit que de celle qu'il décrit. » Voilà sans doute l'une des clefs de son retour en force : il répond à un besoin double, d'ancrage et d'évasion.
