L’Académie française a publié jeudi les premiers mots de la 10e édition de son dictionnaire, dont environ 350 nouveaux mots comme « abandonnique », « altermondialiste » ou « anthropocène », qu’elle espère terminer à l’horizon 2050.
Les académiciens ont entamé l’examen des mots commençant par la lettre « a » près de deux ans après avoir finalisé la 9e édition du dictionnaire, dont la première avait été publiée en 1694. « C’est notre raison d’être », a expliqué Amin Maalouf, le secrétaire perpétuel de l’Académie, au cours d’une présentation. « Nous y travaillons depuis le XVIIe siècle. »
Il a expliqué que la nouvelle édition s’inscrivait « dans une tradition pluriséculaire » tout en prenant en compte les « évolutions contemporaines » du français, devenu la quatrième langue la plus parlée dans le monde avec près de 400 millions de locuteurs.
Une ouverture accrue aux francophonies
L'Académie accorde ainsi une plus grande place aux mots originaires des régions françaises et de l’ensemble des pays francophones. La définition du mot « abat » précise ainsi les expressions « pluie d’abat » et « abat d’eau », qui désignent une averse violente dans l’ouest de la France ou au Québec. « Le Québec est très inventif et audacieux en matière linguistique », a salué l’académicien Marc Lambron.
Amin Maalouf a dit espérer que le dictionnaire acceptera le mot « giraffer », qui, en Afrique francophone, signifie « copier sur son voisin ». Très utilisé par les personnes apprenant le français, le dictionnaire en ligne et son application proposent désormais la prononciation vocale des mots.
Des débats au sein de l’Académie
L’examen de certains mots provoque des débats entre académiciens. Ils ont ainsi réintroduit le mot « abuseur », qui avait disparu de la 9e édition, avec la définition « agresseur sexuel ou violeur », parce qu’il « est devenu courant dans les débats de société », selon Amin Maalouf.
De même, le mot « anthropocène », qui désigne l’époque géologique actuelle, a été accepté « avec précaution », car il « est utilisé par certains scientifiques » mais « contesté » par d’autres, a expliqué l’académicien.