Réunis sous la Coupole, les académiciens ont porté leur choix sur Boualem Sansal à une très large majorité, avec 25 voix sur 26. Six candidats étaient en lice pour ce fauteuil, mais l’auteur, qui s’était déclaré le 8 janvier, apparaissait comme le favori. Il l'a emporté dès le premier tour. Un premier scrutin, organisé le 11 décembre, n’avait permis à aucun prétendant d’atteindre la majorité absolue requise.
Boualem Sansal rejoint ainsi une Compagnie qui compte actuellement 35 membres, cinq sièges restant vacants.
Cette élection intervient quelques semaines après une période particulièrement éprouvante pour l’écrivain. Ancien haut fonctionnaire algérien, Boualem Sansal avait été arrêté le 16 novembre 2024 à son arrivée à Alger en provenance de Paris, avant d’être incarcéré.
Vive émotion
Condamné à cinq ans de prison pour « atteinte à l’unité nationale » à la suite de déclarations faites au média Frontières, il avait finalement bénéficié d’une grâce présidentielle accordée par Abdelmadjid Tebboune. Son incarcération avait suscité une vive émotion en France et une mobilisation en faveur de cet écrivain connu pour ses positions critiques à l’égard du pouvoir algérien et de l’islamisme radical.
Tout au long de sa détention, Boualem Sansal a bénéficié de la mobilisation de son éditeur Gallimard. Le 18 juin dernier, Antoine Gallimard avait reçu, sous la coupole de l’Institut de France, le prix mondial Cino Del Duca 2025 au nom de l’auteur.
En novembre 2024, quelques jours après son arrestation, l’Académicien Jean-Christophe Rufin avait proposé qu’en vertu du mécanisme statutaire de « présentation », qui permet de soumettre une candidature en l’absence de la personne concernée, l’élection à l’un des trois fauteuils actuellement vacants sous la Coupole soit déclarée ouverte et que celui-ci soit attribué dans les plus brefs délais à Boualem Sansal. Les Immortels ne l’avaient alors pas suivi dans sa démarche, craignant que ce nouveau soutien prestigieux affiché n’envenime encore les choses du côté algérien.
Auteur d’une trentaine de romans, essais et recueils de nouvelles depuis 1999, Boualem Sansal a reçu le Grand Prix du roman de l’Académie française en 2015 pour 2084. La fin du monde (Gallimard), inspiré de 1984 de George Orwell. Son œuvre comprend également Le Village de l’Allemand, Rue Darwin ou encore Vivre, tous parus chez Gallimard. En 2024, il a publié Le français, parlons-en ! (Cerf), dans lequel il développe sa réflexion sur l’avenir et l’usage de la langue française.
L’Académie française a pour mission de fixer les règles de la langue, de rédiger son dictionnaire et de se prononcer sur les questions orthographiques. Les nouveaux membres sont officiellement reçus lors d’une cérémonie à huis clos, au cours de laquelle ils se voient remettre l’habit vert et l’épée symbolique. En novembre dernier, l’institution avait déjà accueilli deux nouveaux académiciens : Florian Zeller et Éric Neuhoff.