La police a procédé mercredi 7 janvier à une perquisition au sein de la librairie parisienne queer et féministe Violette and Co, à la suite d’un signalement portant sur la vente supposée d’un livre interdit à l'importation.
Selon les informations recueillies par Livres Hebdo, l’intervention fait suite à un signalement émis par le ministère de l’Intérieur, concernant un livre de coloriage jeunesse controversé (From the River to the Sea, de Nathi Ngubane et Azad Essa publié en Afrique du Sud par Friends of Al Aqsa). L'ouvrage a récemment été interdit par la Commission de surveillance et de contrôle des publications pour la jeunesse. Ce type d’ouvrage jeunesse relève d’un régime spécifique qui permet à l’État d’en interdire la diffusion lorsqu’il est jugé contraire à la législation applicable aux publications pour mineurs.
Un signalement ciblé, sans saisie de livres
Contactée par Livres Hebdo, la vice-procureure en charge du dossier indique que les services ont été informés de la possible présence de cet ouvrage dans la librairie parisienne. Une vérification a donc été diligentée. « Les forces de l’ordre se sont rendues sur place, n’ont constaté la présence d’aucun exemplaire du livre concerné, et l’intervention s’est arrêtée là », nous précise-t-on.
Toujours selon cette source judiciaire, aucune saisie n’a été effectuée. Le signalement visant Violette and Co serait par ailleurs le seul identifié à ce jour, aucune autre librairie n’ayant été mentionnée comme détentrice de l’ouvrage incriminé.
« Le ministère de l’Intérieur a signalé à la justice la vente par cette librairie d’un ouvrage de coloriage pour enfants intitulé "From the river to the see" illustrant le conflit Israélo-palestinien et dénoncé son fort parti-pris historique et idéologique. Cet ouvrage, édité en Afrique du Sud, avait en effet fait l’objet d’une interdiction d’importation par la commission presse de la DPJJ. Le parquet de Paris a confié au commissariat du 11e arrondissement une enquête pour importation de publication destinée à la jeunesse comportant un contenu dangereux pour elle en raison de son caractère pornographique, illégal ou immoral (délit faisant encourir 1 an d’emprisonnement et 3 750 euros d’amende) », résume une communication transmise à Livres Hebdo par le parquet de Paris.
« Une perquisition a été diligentée le 7 janvier, sur autorisation préalable d’un juge des libertés et de la détention (et donc possible même sans assentiment) pour saisir les objets interdits à la vente, et des auditions seront diligentées. Aucun livre n’a été trouvé ni saisi », y est-il ajouté.
Une intervention vécue comme une intimidation par la librairie
De leur côté, les gérantes de Violette and Co ont fait part de leur incompréhension et de leur inquiétude dans un long message publié sur leur compte Instagram. Elles y dénoncent une « descente de police », « disproportionnée dans un lieu culturel » et « très préoccupante quant aux libertés fondamentales des librairies ».
« La scène était particulièrement frappante : des policiers en uniforme, armes à la ceinture, filmant les lieux à l’aide de caméras-piétons et contrôlant une trentaine de cartons de livres à la recherche d’un ouvrage qui ne se trouvait plus en stock », décrivent-elles. Si elles confirment avoir déjà vendu l'ouvrage par le passé, elles affirment que ce n'est plus le cas et qu'elles ont été informées de son interdiction le 8 janvier, au lendemain de la perquisition.
Les dirigeantes confirment également les dires du parquet en expliquant être convoquées jeudi prochain, 22 janvier, pour une audition dans le cadre d'une enquête préliminaire. « L'objectif ne semble pas avoir été l'application du droit mais l'envoi d'un signal : surveiller, intimider, dissuader », estime la librairie dans un communiqué.
Un climat déjà tendu autour de la librairie
Cette intervention s’inscrit dans un contexte plus large de tensions culturelles et politiques pour Violette and Co. La librairie avait déposé plainte en septembre 2025 pour harcèlement, menaces et dégradations, comme nous le relations alors. Une plainte qui aurait été « perdue » depuis par le Procureur de la République, d'après ce qu'indique la librairie sur Instagram.
Les gérantes évoquent régulièrement un climat de tension persistant autour de leur activité, lié à leur positionnement éditorial militant. En août dernier, après avoir exposé le fameux livre de coloriage en vitrine, aux côtés d'autres œuvres « sur l'extrême droite, le racisme, le colonialisme, la Palestine, et des romans d'auteur.ices queers et féministes arabes », la vitrine de la librairie avait été taguée des inscriptions « Islamo Complice » et « Hamas Violeur ».
