L'enfer, c'est les hôtes ! Après Nord sentinelle (Actes Sud, 2024), Jérôme Ferrari signe avec Très brève théorie de l'enfer un nouveau « conte de l'indigène et du voyageur », une réflexion sur l'ambiguïté de nos agissements. Ici, l'auteur d'À son image (Actes Sud, 2018) met en scène un couple d'expatriés franco-algériens et la nounou d'origine sri-lankaise de leur fille, en entrelaçant les récits de vie des uns et de l'autre. Le narrateur, professeur en poste aux Émirats arabes unis, est marié avec Nardjess qu'il a rencontrée en Algérie lorsqu'il y enseignait. Le quotidien ressemble à un bonheur à huis clos au sein d'un luxueux ennui climatisé. Survient un petit accident défonçant le pare-chocs de la voiture du narrateur. Furieux, il s'apprête à appeler la police mais le chauffeur pakistanais qui l'a embouti le supplie de ne pas le faire : il perdrait son emploi sinon... Pris de pitié, le narrateur s'abstient. Finalement c'est Kaveesha la domestique, à qui le couple a payé un billet pour Colombo afin qu'elle puisse voir sa petite-fille, qui arrange la réparation du véhicule par des compatriotes travailleurs immigrés... L'incident du pare-chocs devient le déclencheur d'une prise de conscience : « Combien de mondes se côtoient-ils [...] qui ne se rencontrent jamais ? » Le questionnement s'élargit à l'arrogance du colon, voire du simple voyageur qui bouleverse l'écosystème autochtone. Et de nous abîmer dans une méditation plus métaphysique encore. Néant de l'humain qui se croit tout permis, alors que nous sommes hôtes sur la terre ; et quoique nous nous croyions être dans notre bon droit, notre légitimité n'est que de poussière.
Très brève théorie de l’enfer
Actes Sud
Tirage: 35 000 ex.
Prix: 16,50 € ; 160 p.
ISBN: 9782330216382
