Prenez des budgets de plus en plus contraints, et par là même le besoin de mutualiser des moyens ; ajoutez à cette contrainte la volonté d'ouverture et de diversification des bibliothèques. Observons maintenant le rapprochement entre les bibliothèques universitaires et celles relevant de la lecture publique. Pour ne prendre que deux exemples, celles de La Rochelle ou de Marseille ont récemment raffermi leurs liens. À quel niveau coopérer ? Et quels sont les freins et les points de vigilance ?
Rencontre autour de la littérature jeunesse en Corée du Sud, associant la médiathèque d'agglomération Michel-Crépeau, la BU de La Rochelle et l'Institut Roi Séjong de La Rochelle- Photo BIBLIOTHÈQUE UNIVERSITAIRE LA ROCHELLEPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
1) Des collections en commun
La proposition de mutualiser des collections a notamment été faite par Conseil parisien de la jeunesse : « En complément des bibliothèques universitaires, souvent très fréquentées, les bibliothèques de la Ville de Paris pourraient proposer aux étudiants une offre spécifique, avec des fonds utiles à leurs recherches. » Mais est-ce leur rôle ?
À son ouverture en 2004, la bibliothèque municipale centrale marseillaise l'Alcazar « avait une vocation universitaire, avec des ouvrages pointus. Aujourd'hui, nous sommes limités par des budgets d'acquisition qui nous obligent à rester sur des documents grand public », pose d'emblée Sophie Geffrotin, directrice de la lecture publique. Mais, fait intéressant relevé par Charlie-Camille Flores, directeur de l'Alcazar : « La particularité à Marseille, c'est que le campus est divisé entre Marseille et Aix. Nous avons ainsi une mission d'universalisme liée aux sciences humaines et sociales, car Aix n'est pas à côté. »
C'est ainsi qu'un établissement de l'Enseignement supérieur et de la Recherche et un autre relevant de la lecture publique sont amenés à dialoguer, pour que leurs collections s'imbriquent finement. « La complémentarité des collections est un pilier de la convention écrite en 2013 et reconduite tous les trois ans », statue Raoul Weber, directeur de la bibliothèque universitaire (BU) de La Rochelle, où les habitants peuvent emprunter en bibliothèque municipale (BM) comme en BU grâce à une carte d'abonnement unique. Lors d'une réunion tenue en mars, les deux entités ont même décidé d'organiser régulièrement des réunions d'acquisition par thématique, afin de gagner en précision.
Médiathèque Lisa-Bresner, à Nantes.- Photo CELINE JACQ - NANTES METROPOLEPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Prochaine étape : un catalogue commun ? « C'est compliqué techniquement, car nous sommes embarqués sur des années de contrat avec notre logiciel », exclut pour le moment Raoul Weber, qui précise qu'il peut « au moins faciliter sur nos portails l'accès à l'autre catalogue ». À Nantes, une bibliothèque numérique patrimoniale commune va voir le jour. Et si l'on veut emprunter depuis sa médiathèque municipale un ouvrage pointu, il est possible de le faire venir grâce au Prêt entre bibliothèques (PEB).
2) Se répartir l'espace ?
Mieux se répartir l'offre documentaire, mais aussi l'espace, prisé par les étudiants pour leurs révisions. À La Rochelle, ils étaient trop nombreux à occuper les tables de la BM quand la BU voisine fermait ses portes sur la pause méridienne. La BU a donc mobilisé des subventions du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche pour ouvrir 15 samedis sur l'année universitaire, de 9 heures à 17 heures.
Problème : les étudiants peuvent très bien décider de réviser dans une BM plutôt qu'en BU. Ce qui peut créer des conflits avec les autres types de public. À l'Alcazar, ils se plaignent par exemple des annonces au micro qui les déconcentrent. Solution : cloisonner les espaces, en lieux calmes et lieux bruyants ? « Ne pas cloisonner complètement, nuance Charlie-Camille Flores : il faut créer de la rencontre. Un conflit d'usage, c'est confronter les personnes au collectif. La friction est la base de la relation », plaide-t-il. Et le rôle du bibliothécaire : un médiateur du collectif.
Médiathèque Lisa-Bresner, à Nantes Médiathèque Lisa-Bresner, à Nantes- Photo CELINE JACQ - NANTES METROPOLEPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
3) Créer des flux de circulation des connaissances et des personnes...
Il n'est donc pas question de créer une BU isolée au sein de la lecture publique. Car la BM veut faire découvrir son offre d'animations, nécessaires à une bonne santé mentale. Dans son enquête auprès des étudiants réalisée pour l'Alcazar, Mathilde Pons a montré qu'ils étaient indifférents à ce qui se passait dans la bibliothèque. « Ils n'avaient pas vu les collections complémentaires et l'action culturelle, ils ne voyaient que la place de travail silencieuse ! », retient Sophie Geffrotin.
Alors même que le conseil municipal de la vie étudiante a exprimé ses difficultés d'accès à des activités culturelles. « Pour certains, c'était une révélation d'apprendre que la bibliothèque leur offrait des loisirs, gratuitement. » Depuis ce constat, l'Alcazar travaille davantage à faire connaître son offre aux étudiants, en recevant par exemple des apprenants en arts graphiques, invités à examiner ses fonds patrimoniaux.
Entre les allées de la médiathèque municipale l'Alcazar, à Marseille, fin 2024.- Photo FANNY GUYOMARDPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Quid de l'inverse, quand les BU ouvrent leurs portes à un public plus large, et peut-être plus difficile ? « On accueille des personnes en errance, qui naviguent toute la journée dans des lieux publics, cherchent des refuges. Et peuvent présenter des troubles psychologiques, crier, s'agiter », prend comme exemple Raoul Weber. Comme il souhaite les accueillir de la même façon qu'en bibliothèque municipale, les deux établissements viennent de s'accorder sur la procédure à suivre. « C'est en partageant qu'on va ajuster nos manières de traiter ces situations. » Ajoutant qu'elles sont rares, et que si elles devenaient quotidiennes, se poserait la question de réserver la BU aux badges étudiants afin de préserver leur quiétude.
Les bibliothèques peuvent ainsi mutualiser leurs compétences. Celles de La Rochelle ont monté une rencontre autour de la littérature jeunesse en Corée, car chacune avait des propositions sur le sujet. Et à venir : former les bibliothécaires au portail numérique de l'autre établissement, pour qu'ils puissent orienter vers les deux offres.
4)... Mais garder des spécificités
Mais jusqu'où mêler BU et BM ? Pour Lola Mirabail, directrice de la Bibliothèque municipale de Nantes, qui a précédemment œuvré à la bibliothèque universitaire de Caen, chacune doit garder sa spécialité. Être à la pointe de la pédagogie et de l'open science pour les BU ; suivre l'évolution des pratiques culturelles et savoir accueillir les enfants et le public précaire pour les BM. « Ce qui peut être intéressant, c'est un équipement mutualisé dans un endroit où il n'y a pas d'offre de BM ni de BU. Les premières ont l'avantage d'être ouvertes tous les jours de l'année et les BU celui de leurs amplitudes horaires. Un concept à creuser ! »
Médiathèque Lisa-Bresner, à Nantes- Photo CJ - CELINE JACQ - NANTES METROPOLE - CELINE JACQ / NANTES METROPOLE - CELINE JACQPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.





