Une affaire de femmes. En 2010 paraissait chez Jacqueline Chambon la traduction d'un premier roman américain promis à un destin hors norme, La couleur des sentiments. L'autrice, Kathryn Stockett, passée par le marketing et la presse, y campait, dans son Mississippi natal, la vie de femmes noires et de femmes blanches en 1962, année charnière pour le mouvement des droits civiques. Son adaptation au cinéma en 2011, produite par Steven Spielberg, a bouleversé le public et révélé Emma Stone. Le succès du roman est colossal : quinze millions d'exemplaires vendus dans le monde, dont 1,3 million en France. Le film a quant à lui attiré 600 000 spectateurs dans les salles françaises. De quoi tétaniser bien des primo-romancières. Kathryn Stockett aura, elle, laissé passer seize ans avant de renouer avec une grande saga féminine, Le Calamity Club.
Cette fois, direction la ville d'Oxford, dans le Mississippi, en 1933. Après le krach de 1929, les États-Unis s'enfoncent dans la Grande Dépression. L'État saisit les maisons de ceux qui ne peuvent plus payer leurs impôts, jetant des familles entières sur les routes. Dans ce pays que Roosevelt commence à peine à redresser, la romancière suit le destin de trois femmes. Meg, 11 ans, attend avec amertume le « Jour de la Présentation », qui représente un mélange d'espoir et d'humiliation pour les enfants relégués dans l'orphelinat du comté. Abandonnée par une mère « partie faire des courses », elle endure toutes les brimades possibles. Birdie, 24 ans, partage avec elle la même énergie têtue. À l'occasion de la révision de la comptabilité de l'orphelinat où sa sœur Fanny, mariée à un riche banquier, exerce ses bonnes œuvres, Birdie espère encore sauver sa propre famille de la ruine. Enfin Charlie, la mère de Meg, considérée comme simple d'esprit, a été stérilisée de force. Toutes trois vont se retrouver autour d'un projet de dancing clandestin, façade d'une activité bien plus subversive - un lupanar. On y servira du Coca-Cola, de l'alcool et des cigarettes, mais « pas d'op', pas de blanche » : pas de drogue. Une maison « propre », ironiquement.
Ce lieu est aussi l'incarnation d'une forme de résistance portée par la solidarité féminine, thème central de ce roman très documenté, ancré dans l'histoire sociale du Sud ségrégationniste. Le Calamity Club explore la place des femmes et les hypocrisies d'une société corsetée. Mais Kathryn Stockett y injecte aussi un humour noir salutaire, qui transforme la détresse en bouée de sauvetage dans une mer d'absurdités. Avec son tirage à près de 100 000 exemplaires et une sortie simultanée dans dix-neuf pays, le dancing bordel de Meg, Birdie, Charlie et les autres s'annonce comme l'un des lancements éditoriaux les plus ambitieux de l'année.
Le Calamity Club
Robert Laffont
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Laura Satz
Tirage: 97 000 ex
Prix: 24,90 € ; 682 p.
ISBN: 9782221284131
