Polémique

Joann Sfar répond à la SGDL

Joann Sfar en 2018 - Capture d'écran de sa masterclass France Culture - Photo France Culture

Joann Sfar répond à la SGDL

Dans un long message publié sur Facebook, le président d'honneur de la Ligue des auteurs professionnels regrette que la SGDL "se réveille pour [lui] faire un procès en diffamation".

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Par Nicolas Turcev
Créé le 26.05.2020 à 18h00

Dans un long message posté sur Facebook mardi 26 mai, le dessinateur Joann Sfar a réagi à l'intention de la Société des gens de lettres (SGDL) de porter plainte contre lui pour diffamation. "Je ne peux pas croire un instant que les 24 membres du conseil d'administration de la SGDL soutiennent cette démarche […] [et] qu'ils valident cette attitude honteuse à mes yeux", écrit l'auteur, pour qui ce procès relèverait de "l'indignité". Il reproche également à la SGDL de lui "faire dire autre chose" que ce qu'il a effectivement déclaré.

La SGDL a annoncé, le 25 mai, son intention de porter plainte contre l'illustrateur à la suite de son intervention dans l'émission "On n'arrête pas l'éco" de France Inter. Interrogé en tant que président d'honneur de la Ligue des auteurs professionnels sur la situation de la filière livre, il a notamment déclaré que "des organismes comme la Société des gens de lettres qui sont censés nous représenter, et nous représentent bien mal […] touchent parfois d'énormes sommes d'argent qui ne vont pas aux auteurs."

Il a rajouté : "On nous a promis qu’on aurait droit à ceci, à cela. Les sommes ont été allouées aux organismes dont je viens de parler, qui sont censés les redistribuer aux auteurs et qui ne redistribuent rien du tout." Ces déclarations font allusion au fonds d'urgence du CNL consacré aux auteurs, doté de 2 millions d'euros et dont la supervision a été confiée à la SGDL. Dans son communiqué, l'organisation se défend d'avoir lésé les auteurs et annonce leur avoir reversé plus de 530000 euros depuis la mise en place du dispositif.

Ces propos ont également fait réagir Pierre Jourde, membre du comité d'administration de la SGDL, dans une tribune publiée par Bibliobs. L'écrivain estime que Joann Sfar accuse son organisation de "détournements de fonds publics", et porte une "accusation très grave, [...] mensongère, par conséquent dégueulasse." Des allégations dont se défend Joann Sfar dans un droit de réponse paru sur le même site.

"Le système se referme comme un noeud coulant"

"C’est sans doute une idée naïve, mais dans la mesure où l’État parvient à imposer l’impôt sur le revenu aux artistes-auteurs et à leur prélever des cotisations, je ne vois pas pourquoi il a besoin de la SGDL pour distribuer des aides d’urgence aux critères déconnectés avec nos métiers, au moment de l’une des plus grandes crises économiques du siècle", juge Joann Sfar dans sa longue missive.

L'auteur en profite pour réaffirmer que "la SGDL et tout le maillage mélangeant association culturelle, syndicats et sociétés de gestion collectives nous représentent bien mal. C’est une confusion des intérêts défendus qui n’existe nulle part ailleurs dans la représentation professionnelle des métiers." Le dessinateur regrette la "discrétion" de la SGDL sur les principaux dossiers concernant les auteurs ces dernières années et constate qu' "aujourd’hui [alors] que notre profession sort exsangue d’années de crise et de plusieurs mois d’épidémie, ils se réveillent […] pour me faire un procès en diffamation".

"Si j’émets ces critiques, et si d’autres auteurs le font avec moi, c’est parce que nous voyons au quotidien des collègues qui n’y arrivent plus, de tous âges, rajoute Joann Sfar. Nous voyons un système se refermer comme un nœud coulant autour de nos confrères. Et depuis des années chacune de nos initiatives auprès des pouvoirs publics finit réduite à néant. La dernière en date, le rapport Racine, a été torpillée."

L'artiste en profite pour rappeler les principales revendications de la Ligue des auteurs professionnels : "l’application de la démocratie sociale, et l’organisation d’élections professionnelles conformes au droit du travail". "Aujourd’hui, certaines associations et organismes nous représentent d’office sous prétexte d’ancienneté, emploient beaucoup de monde, sont très richement dotées, juge l'auteur. Nous avons le droit de critiquer leur action, et même leur existence si ça nous chante."

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