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Affaire Grasset : « Un différend sur fond de performances économiques », affirme Vincent Bolloré

Les éditions Grasset, rue des Saints-Pères, à Paris - Photo Olivier Dion

Affaire Grasset : « Un différend sur fond de performances économiques », affirme Vincent Bolloré

Dans Le Journal du Dimanche, Vincent Bolloré dit s'étonner du « vacarme » suscité par le licenciement d'Olivier Nora des éditions Grasset. Le dirigeant d'Hachette justifie cette décision par un désaccord sur la date de parution du prochain livre de Boualem Sansal et par « un différend sur fond de performances économiques ».

Par Charles Knappek
avec AFP Créé le 19.04.2026 à 12h41

Grasset « continuera » malgré la vague annoncée de départs d'auteurs, une « petite caste », affirme dimanche 19 avril Vincent Bolloré dans une rare prise de parole alors que les appels se multiplient en faveur d'une « clause de conscience » dans l'édition.

L'homme d'affaires qui contrôle Hachette, maison mère de Grasset, s'étonne dans un texte publié par le Journal du dimanche, titre de presse dont il est également propriétaire, du « vacarme » suscité par le départ du P-DG de la maison d'édition, Olivier Nora. Ce dernier s'était porté garant de l'indépendance de Grasset après le rachat d'Hachette par Vincent Bolloré en 2023.

Lire aussi : Le monde de l'édition fait bloc derrière Olivier Nora

Plus de 200 écrivains ont secoué cette semaine le monde de l'édition en refusant de publier de nouveaux livres chez Grasset après ce départ vu par beaucoup d'auteurs comme un « licenciement » décidé par Vincent Bolloré. Dans une lettre ouverte, ils avaient dénoncé « une atteinte inacceptable à l'indépendance éditoriale » de la maison.

Vincent Bolloré attribue cette fronde à « une petite caste qui se croit au-dessus de tout et de tous et qui se coopte et se soutient », dans ce qui constitue sa première réponse publique à cette crise inédite.

Il confirme que la décision est liée à un « différend » avec Olivier Nora sur la date de publication du prochain livre de l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal, arrivé en mars chez Grasset.

Malgré la fronde des auteurs

« Le 6 juin prochain, la maison Grasset aura la joie et l'honneur de sortir le nouveau livre de Boualem Sansal (...). Le dirigeant de Grasset voulait le sortir à la fin de l'année – ce qui était contraire à la volonté de la direction Hachette, qui est le réel propriétaire de Grasset », écrit Vincent Bolloré. Il rappelle en préambule de son texte n'avoir pour autant « aucune fonction chez Hachette ».

Il pointe également un contexte de « performances économiques de la Maison Grasset très décevantes » et une hausse de la rémunération annuelle d'Olivier Nora. Ce dernier sera remplacé par Jean-Christophe Thiery, P-DG de Louis Hachette Group.

Malgré la fronde des auteurs, « Grasset continuera et ceux qui partent vont permettre à de nouveaux auteurs d'être publiés, promus, reconnus et appréciés », affirme Vincent Bolloré.

« Quant aux attaques concernant mon "idéologie", je le rappelle une fois de plus : je suis chrétien démocrate et les dirigeants de Hachette continueront à publier tous les auteurs qui le souhaitent », conclut-il.

Contestation élargie

La contestation des auteurs de Grasset s'est élargie samedi : plus de 300 auteurs et acteurs du monde de l'édition, emmenés par Leïla Slimani, Virginie Despentes et Emmanuel Carrère ont appelé dans la Tribune Dimanche à étendre à leur secteur « une clause de conscience », semblable à celle existant pour les journalistes. Une idée déjà soulevée par la sénatrice Sylvie Robert, ainsi que par le président de la République Emmanuel Macron lors de son déplacement vendredi au Festival du livre de Paris.

Derrière les grands noms de la littérature, tout un secteur – des communicants aux libraires en passant par les salariés – est concerné par « l'orientation idéologique identifiée dans le débat public » des entreprises de Vincent Bolloré, alertent-ils.

« Le droit français n'a rien prévu pour eux. Il leur dit d'accepter ou de partir. Partir, c'est renoncer à des années d'ancienneté, à des droits, à une stabilité parfois construite sur des décennies. Rester, c'est consentir à une forme de dissonance morale », dit la tribune. « Il est temps de poser une limite » avec la mise en place d'une clause de conscience, prônent-ils.

Samedi 18 avril, une centaine d'auteurs de la maison Stock, autre maison de littérature du groupe Hachette, ont publié dans Le Monde une tribune pour soutenir les auteurs de « leur maison-soeur, Grasset » et affirmer leur attachement à l'indépendance de Stock. Parmi eux, on note la présence de Philippe Claudel (président de l'académie Goncourt) ou Jean-Marie Gustave Le Clézio (prix Nobel de littérature).

« Dans l'édition comme dans la presse, personne ne doit être contraint de rester attaché à une entreprise dont on désapprouve en conscience le changement d'orientation politico-culturelle », les a soutenus dimanche le leader de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon sur X.

Vincent Bolloré, lancé depuis les années 2010 dans un mouvement de concentration industriel, possède également le groupe Canal+ et Prisma Media (Voici, Capital, Femme actuelle…) et les médias Lagardère (Europe 1, JDD).

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