On the road again. « Au commencement était le pneu. » L'histoire de la cartographie routière méritait bien une entrée en matière biblique, malicieusement glissée par la plume alerte du journaliste, critique et écrivain Jean-Claude -Raspiengeas, notamment signature de La Croix. Celui qui fut l'une des voix du « Masque et la plume » foulait déjà l'asphalte en 2020 avec Routiers (L'Iconoclaste), récit d'une année passée aux côtés des conducteurs de poids lourds. Le voilà à nouveau en chemin, scrutant cette fois l'histoire de notre douce France à travers ses cartes routières. En partant du pneu, donc, puisque tout a commencé, comme le chantait Yves Montand, à bicyclette. Faut-il dire « un » ou « une » bicyclette, d'ailleurs ? À la fin du xixe siècle, les tergiversations vélocipédistes vont bon train, de même que pour nommer les femmes adeptes du vélo. Sarah Bernhardt en tête, elles apparaissent sous les appellations de « pédalettes », de « véloceuses », voire, chez Mallarmé, de « chevaucheuses de l'acier »... Du côté des « enragés de la bécane », pour reprendre Zola, défilent Courteline, Jarry, Allais, Renard... Puis l'automobile prend le relais, -accompagnée par le succès de Bibendum, mi-homme, mi-pneu, première grande mascotte publicitaire. Avec elle surgit la première carte routière Michelin grand public, en 1910, bientôt suivie de quarante-sept autres en trois ans : pliage accordéon iconique, échelle au 1/200 000, toujours en vigueur. À cette cartographie répondent les guides : verts (qui fêtent cette année leur centenaire), bleus, rouges, jusqu'au Routard, version cheveux longs. Autant d'ouvrages qui « traduisent l'ouverture des Français à leur propre patrimoine », selon Jean-Baptiste Passé, directeur des éditions Michelin - sinon « les tocades du moment », ajoute Jean-Claude Raspiengeas. Cet essai aussi ludique que réussi sur l'image du système veineux routier souligne l'essor du tourisme automobile, l'explosion des congés payés et, plus largement, révèle les mutations sociales du xxe siècle. Il s'achève chez les « carteux », des collectionneurs frénétiques, zinzins obsessionnels, pour qui « rien n'est moins figé qu'une carte, à condition de la comparer avec d'autres représentations d'un même lieu, à différentes époques ». « On devrait toujours répondre à l'invitation des cartes, croire à leurs promesses », écrit l'écrivain voyageur Sylvain Tesson. En voici une belle occasion.
La France à la carte
Editions des équateurs
Tirage: 4 000 ex.
Prix: 21 € ; 315 p.
ISBN: 9782382848456
