Avant-critique Récits de voyage

Ian Fleming, "Les villes électriques" (Arthaud)

Ian Fleming - Photo © The Ian Fleming Estate 1961. Artwork reproduced with the permission of Ian Fleming Publications Ltd and The Ian Fleming Estate

Ian Fleming, "Les villes électriques" (Arthaud)

Ian Fleming, le père de James Bond, avait aussi écrit des récits de voyage, à redécouvrir dans ce recueil réjouissant.

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Par Jean-Claude Perrier,
Créé le 01.03.2024 à 14h00

Bons baisers de partout. Pour toujours, Ian Lancaster Fleming (1908-1964), aristocrate anglais, restera le père de James Bond, dont il a raconté les aventures dans douze romans, immortalisés par le cinéma à partir de James Bond contre Dr No. Mais Ian Fleming ne fut pas que cela, il a mené lui-même une vie aventureuse, dont il s'est largement inspiré lorsqu'il a créé son héros. Officier de marine, espion, agent secret au service de Sa Majesté... Il fut aussi journaliste, et exerça, au début des années 1950, des fonctions au sein de la rédaction en chef du Sunday Times. C'est dans ce journal du dimanche qu'il publia, en 1959-1960, treize reportages sur quatorze villes (le cinquième épisode réunit Los Angeles et Las Vegas), qu'il appelle des thrilling cities, des villes « excitantes » ou « électriques ». Il avait rassemblé ces articles en un recueil, paru en 1963 et traduit en français en 1965 chez Plon, sous un titre un tantinet racoleur, Des villes pour James Bond. Près de soixante ans après, l'ouvrage reparaît, dans une traduction nouvelle, plus proche de l'original parfois décapant.

Car − et Fleming le reconnaissait lui-même, qualifiant son livre de « piquant mélange des genres, biaisé et grincheux » − il est bien trop british, avec son orgueil et ses préjugés, pour aimer les autres et essayer de les comprendre. Pour preuve, ce paragraphe consacré à l'Inde dans son chapitre sur Hong Kong : « Ce pays m'a toujours déprimé. Je ne supporte pas la saleté universelle, la misère, et cette impression − fausse évidemment − que personne ne travaille [...]. Et les manifestations extérieures de ses deux grandes religions me désolent. » On lira aussi avec le même agacement amusé son récit d'un périple buissonnier en Italie du Sud, chez « un peuple de philistins ». Sienne, déjà victime du tourisme de masse, Rome, en pleine pagaille à cause des JO de 1960, Naples et sa « dureté presque bestiale », Herculanum qui « présente peu d'intérêt », ou encore la montée au Vésuve, inutile parce que « déprimante »... Il a nettement préféré Monaco !

Tout cela est réjouissant, délicieusement rétro, rapide, et fait penser à Morand, à Cocteau ou au Tour du monde en quatre-vingts jours de Jules Verne. Une belle redécouverte.

Ian Fleming
Les villes électriques
Arthaud
Tirage: 3 000 ex.
Prix: 22 € ; 304 p.
ISBN: 9782080433244

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