Un lieu à soi. Autrice de plusieurs essais et récits autobiographiques, la journaliste Giulia Foïs publie un premier texte de fiction à la fois drôle, captivant et tragique. Inspirée par une véritable librairie située à Nice, Les Parleuses, dont la fermeture est annoncée pour le 13 mai, Giulia Foïs imagine une intrigue où les personnages, qui incarnent tous une certaine forme de marginalité, se retrouvent autour de la librairie Les Affranchies, qui devient un refuge.
« Les filles de la librairie », ce sont Maud et Malika. Lorsqu'elles sont tombées amoureuses dans le lycée où elles travaillaient, elles se sont lancées dans le projet commun de créer une librairie généraliste. Deux ans après l'ouverture, elles réaménagent l'espace et y intègrent un café avec une petite terrasse extérieure, faisant des Affranchies un lieu de rencontres et d'échanges autour des livres afin de répondre au besoin de lien social de l'après-Covid. Et c'est une réussite. « Un monde où on lisait encore ne pouvait pas être totalement foutu. » Le petit cercle autour de Maud et Malika s'agrandit de plus en plus et ce sont des mondes totalement différents qui se rencontrent et se soutiennent. Il y a Rose, la journaliste qui écrit son premier roman sur la terrasse de la librairie ; Camille, qui occupe le studio au premier étage avec sa fille de quelques mois ; Léon, l'étudiant accro à Grindr et baby-sitter d'Ambre, la fille de Maud ; Yazid, qui s'occupe des travaux dans la boutique, et sa femme, Leila, qui amène leur fils Djibril tous les mercredis à la librairie et anime bientôt des séances de lectures pour les enfants du quartier.
Derrière ces personnages, il y a des histoires compliquées, des parcours bouleversés. L'ex de Maud, Michael, se rapproche du père de celle-ci pour tenter d'avoir la garde exclusive d'Ambre. Le passé de Malika, exclue de sa famille parce qu'elle est lesbienne, la hante. Rose, à l'approche de la quarantaine, tombe enceinte et oublie le rendez-vous de son IVG. Léon se fait agresser en pleine rue par des homophobes. Camille, qui fuit sa mère tyrannique et violente, ne s'en sort pas dans sa vie de jeune maman.
Quand des fachos collent des stickers en hommage à l'OAS, Malika prend soin de les retirer, chaque matin, avant que Maud s'en aperçoive. Alors que Les Affranchies et ses habitués sont la cible d'attaques diverses pour ce que le lieu représente - un espace libre, de combat et de résistance -, celui-ci révèle toute la puissance que génèrent la solidarité, l'inclusivité et l'amitié. Dans Les filles de la librairie, Giulia Foïs dessine d'une plume sensible mais pleine d'humour une fresque sociologique autour de personnages victimes des travers de la société et auxquels on ne peut que s'attacher.
Les filles de la librairie
Flammarion
Tirage: 8 000 ex.
Prix: 20 € ; 496 p.
ISBN: 9782080146045
