Enfant, Laurine Roux fut bercée par les voix des femmes de sa famille. Ses grands-mères et sa mère lui lisaient des contes issus de multiples traditions. Il y avait des histoires qui venaient d'Espagne et de Russie, des récits asiatiques et amérindiens, mais aussi des contes folkloriques des Hautes-Alpes, où elle vivait. C'est d'ailleurs sur ce territoire, entre montagnes et forêts, que se déroulent plusieurs de ses romans, dans lesquels la nature fait souvent partie des protagonistes, où les genres littéraires s'entremêlent, où les personnages et les situations flirtent bien souvent avec le merveilleux, le fantastique et les riches univers de ces contes qui ont tant marqué son enfance. « J'ai noué, très tôt, une relation consubstantielle à la littérature », explique l'écrivaine. Dans sa famille, la parole et les idées circulaient librement, les débats et les actions politiques ponctuaient le quotidien, la figure de l'arrière grand-père antifasciste qui avait notamment, dans les années 1940, exfiltré des anarchistes espagnols, des intellectuels et des juifs, était érigée en une sorte de légende. Mais écrire et publier des livres, cela n'allait pas de soi. « Il a fallu arracher l'ambition d'écrire », avoue-t-elle. Professeure de français dans le secondaire, passée par Marseille où elle a enseigné dix ans dans les quartiers nord, puis de retour dans les classes de sa contrée natale, elle publie à 40 ans son premier roman, Une immense sensation de calme (Prix SGDL révélation 2018). Désormais, elle sera aussi écrivaine. Aujourd'hui, forte de son succès - Le sanctuaire, Grand Prix de l'imaginaire 2021, L'autre moitié du monde, Prix Orange du livre 2022, Sur l'épaule des géants, Prix Alexandre-Vialatte 2023... -, elle se consacre principalement à l'écriture.
« Ça a été essentiel dans mon parcours de transmettre à mes élèves la capacité de lire un texte et de comprendre comment l'agencement des mots est une arme, un instrument de liberté, d'esprit critique et donc d'émancipation. » Mais elle ajoute qu'il y a également une forme d'usure à aimer un système qui ne permet pas la méritocratie contrairement à ce qu'il prétend. « Je fais partie de cette génération de la fin des idéologies, avec une forme de désenchantement par rapport aux appareils politiques. »
Il y a toujours une dimension politique dans les livres de Laurine Roux. Elle se situe soit dans le contexte historique des intrigues, soit dans les personnages féminins combattant la domination masculine, soit dans la façon dont l'autrice présente la nature comme une puissance souveraine. Dans son nouveau livre, Le test Elzéard, où elle explore les luttes contre l'industrie photovoltaïque dans la montagne de Lure dans les Alpes-de-Haute-Provence, cette dimension est explicite. Pour la première fois, Laurine Roux assume un « je » et une forme littéraire, le récit, l'enquête, qu'elle n'avait jamais empruntée. Pour elle, écrire la beauté des paysages qui l'entoure ainsi que leur histoire, c'est une manière de les préserver et c'est politique. « Les écrivains ont un rôle de sentinelle, car si on n'y prend pas garde, le capitalisme avale toute cette beauté. »
Le test Elzéard
Julliard
Tirage: 6 000 ex.
Prix: 22 € ; 204 p.
ISBN: 9782260057901
