Ancien maire d'Albi, le docteur Germain Cassan est assassiné en 1889 à son domicile ? Menez l'enquête dans un jeu vidéo. Le creusement d'une fosse d'aisances à Narbonne en 1779 provoque la mort de huit personnes ? Découvrez les dessous de cet accident mortel en webtoon. Des inondations dévastent en 1940 le département des Pyrénées-Orientales ? Suivez un fil d'actualité « en (presque) continu ». Derrière ces curiosités numériques, bibliothécaires et archivistes partagent l'ambition de donner vie à leur patrimoine écrit à travers epOcc, pour Enquêtes patrimoniales d'Occitanie.
Archives en liberté
Le projet débute en mars 2023. Chargée de mission médiathèques et patrimoine à Occitanie Livre et Lecture - depuis devenue L'agence unique, Occitanie culture -, Mélanie Marchand réunit sept personnes représentant autant d'établissements conservant des documents patrimoniaux dans la région pour penser un projet commun. Rapidement, les objectifs émergent : « Se former ensemble, partager le patrimoine en racontant des histoires, travailler avec des artistes, être en lien avec l'actualité ». Une poignée de réunions plus tard, l'initiative prend forme et dévoile, en novembre 2024, ses premières productions autour d'une architecture en deux temps.
Mélanie Marchand, chargée de mission médiathèques et patrimoine à l'Agence Unique, Occitanie Culture et coordinatrice d'epOcc- Photo L'AGENCE UNIQUE, OCCITANIE CULTUREPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
D'un côté, des « échantillons » alimentent un fil Instagram dédié. Le patrimoine répond, avec humour et pédagogie, à des interrogations comme « Comment lire l'avenir dans les astres ? » ou « Comment prévenir les épidémies ? ». Ces posts permettent aux personnes participantes « de se former au format court et de faire œuvre commune », souligne Mélanie Marchand.
De l'autre côté, le patrimoine est valorisé au moyen d'enquêtes à découvrir sous de multiples formats. Les deux premières saisons - la première consacrée aux cold cases et la seconde à l'eau - sont réunies sur un site Internet proposant « une identité graphique forte ». Vidéos animées, podcast, webtoon ou jeu vidéo... epOcc se révèle être un véritable laboratoire de la narration dans lequel collaborent « des mondes qui se côtoient sans toujours se croiser », pointe Mélanie Marchand.
Arts croisés
Ainsi, Christine Sinquin, assistante chargée de la valorisation du patrimoine au sein du Réseau des médiathèques de Montpellier Méditerranée Métropole, le scénariste Olivier Costes et quatre étudiants de l'école de création visuelle E-artsup de Montpellier ont travaillé ensemble à donner une nouvelle vie à Praxis criminis persequendi. Rédigé par l'avocat toulousain Jean de Milles et imprimé en 1541, ce premier code de procédure criminelle a été mis en image par motion design, offrant une plongée immersive dans laquelle l'ouvrage s'anime. « J'ai été touché de cette rencontre entre nos collections et des étudiants, à qui nous avons montré combien le patrimoine peut aussi être une ressource iconographique à exploiter », se souvient Christine Sinquin.
Christine Sinquin, assistante chargée de la valorisation du patrimoine au sein du Département du patrimoine écrit et graphique du Réseau des médiathèques et de la culture scientifique de Montpellier Méditerranée Métropole- Photo DRPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Directeur des archives départementales de Hautes-Pyrénées, François Giustiniani est convaincu de « la nécessité de croiser le patrimoine et les arts vivants pour diffuser la connaissance, l'art et la création ». Des cartes postales sont ainsi devenues le support d'un film muet, en noir et blanc, pour documenter la journée d'un curiste. Derrière la caméra, le réalisateur David Desgardin, le comédien Marc Lallement, la comédienne Elsa Beigbeder mais aussi Morgane Milhat des archives départementales, Laurence Guillermin et Fanny Chardon de la médiathèque intercommunale de la Haute-Bigorre.
Le scénariste de bandes dessinées Olivier Dobremel (alias Dobbs) a intégré le projet consacré au Naufrage de la frégate la Méduse, conservé au musée Médard. « Je connaissais le tableau de Théodore Géricault, je savais que le naufrage avait eu lieu mais j'ignorais qu'il existait des témoignages », se souvient-il. Après avoir consulté l'ouvrage dans les archives du musée « avec des gants », il retrace, au cours du mois de mai, l'incident dans un podcast raconté à travers « la voix et les pensées de la Méduse elle-même ».
EpOcc fait école
Cette effervescence créative a un coût. Pour ses deux premières saisons, epOcc a été financé par l'appel à projet « Patrimoine écrit des bibliothèques » porté par le ministère de la Culture. Les deux enveloppes ont notamment permis de rémunérer le travail des artistes, auteurs et autrices. « Ce dispositif n'a en revanche pas pour objectif d'accompagner des projets pérennes », explique Mélanie Marchand. La coordinatrice cherche donc d'autres modalités de financement pour une éventuelle troisième saison consacrée aux sols et sous-sols. En revanche, la commission Patrimoine de l'Agence unique a été « unanime » : les échantillons publiés sur Instagram se poursuivront.
Mais surtout, epOcc essaime. « Cela a créé une dynamique qui nous invite à imaginer d'autres projets et d'autres contenus », assure Christine Sinquin. À croire le directeur des archives départementales des Hautes-Pyrénées, « le seul problème d'epOcc est qu'une fois une enquête terminée, on n'a qu'une envie : recommencer ».


