Hommage

Après un refus en 2012, Stefan Zweig honoré à Londres où il vécut en exil

L'auteur autrichien Stefan Zweig est honoré à Londres où il vécut en exil de 1934 à 1940. - Photo Archives de la Maison Stefan Zweig, Petrópolis, Brésil

Après un refus en 2012, Stefan Zweig honoré à Londres où il vécut en exil

Début juillet 2026, une plaque commémorative a été posée sur la façade du bâtiment où vécut Stefan Zweig, poussé à l'exil par l'arrivée des nazis au pouvoir, de 1936 à 1939. Une période de riche activité intellectuelle pour l'écrivain autrichien, qui figure encore parmi les auteurs de langue allemande les plus lus et traduits au monde. Cette reconnaissance de l'English Heritage intervient après un premier refus de l'organisme en 2012.

Par Souen Léger
avec AFP Créé le 07.08.2026 à 17h39

C'est une belle revanche pour les admirateurs de l'auteur du Joueur d'échecs. Quelque 90 années après son exil à Londres, et 14 ans jour pour jour après un refus de l'English Heritage de lui rendre hommage, Stefan Zweig est désormais honoré dans la capitale britannique. En 2012, l'English Heritage avait estimé que « ses liens avec Londres » étaient « trop lâches pour être commémorés aujourd'hui. »

Une page méconnue de sa vie

Une position revue depuis par l'organisme public chargé de la gestion du patrimoine historique en Angleterre. Début juillet, une plaque commémorative bleue a en effet été apposée sur la façade du bâtiment situé au 49 Hallam Street, non loin de Regent's Park. L'inscription est sobre : « Stefan Zweig (1881-1942), écrivain autrichien, a vécu ici dans l'appartement 71 de 1936 à 1939 », peut-on y lire.

Quelque 90 ans plus tard, ses fans britanniques, parmi lesquels le romancier Julian Barnes, ont donc obtenu la reconnaissance officielle de cette page méconnue de la vie de l'auteur. Un hommage qui s'inscrit dans le cadre du programme des Blue Plaques, géré par l'English Heritage, qui honore des personnalités marquantes sur les lieux où elles ont vécu ou travaillé au Royaume-Uni.

« Livre noir »

Stefan Zweig, qui était d'origine juive, était arrivé en Angleterre dès 1934, peu après l'accession d'Adolf Hitler aux fonctions de chancelier en Allemagne, et quatre ans avant l'annexion de l'Autriche en 1938. Il comptait alors parmi les écrivains les plus populaires de son époque et demeure aujourd'hui l'un des auteurs de langue allemande les plus lus, traduits et étudiés au monde.

Au début de la Deuxième guerre mondiale, l'homme de lettres figurait parmi les cibles prioritaires sur une liste établie par les SS comptant près de 3 000 personnalités résidant au Royaume-Uni à arrêter et à éliminer en cas d'invasion de ce pays par les forces allemandes.

Selon English Heritage, 30 autres personnalités honorées par une plaque bleue figuraient sur cette liste noire. Mais l'appartement de l'écrivain à Hallam Street est l'une des deux seules adresses résidentielles à y être explicitement mentionnées, aux côtés de la demeure de l'auteur britannique de science-fiction H.G. Wells.

Au cours de son exil britannique, Stefan Zweig a déménagé à plusieurs reprises, séjournant d'abord au Brown's Hotel, dans le très chic quartier de Mayfair, avant d'emménager dans un petit appartement dans un autre quartier aisé de Londres, explique English Heritage. En octobre 1935, il découvre le nouveau lotissement du 49 Hallam Street, dans le quartier de Marylebone.

Une activité intellectuelle intense

L'exil de Stefan Zweig dans la capitale britannique a été une période paradoxale, marquée à la fois par une intense activité intellectuelle et une détérioration progressive de son état moral et psychologique. « Ses lettres témoignent du réconfort qu'il trouve à Londres mais le fait que les Britanniques semblent globalement peu préoccupés par la guerre le met hors de lui », souligne l'historienne Susan Skedd, qui travaille pour English Heritage.

En 1939, quand il quitte la capitale pour la ville de Bath, à l'ouest, il commence à rassembler ses souvenirs qui formeront la base de son autobiographie Le monde d'hier, souvenirs d'un Européen. La même année, il prononce l'oraison funèbre de son compatriote et ami le psychanalyste Sigmund Freud, lui aussi en exil à Londres.

À l'occasion de la pose de la plaque commémorative, le réalisateur américain Wes Anderson a rendu hommage à Stefan Zweig, dont il a découvert l'œuvre sur le tard avec le roman La Pitié dangereuse. Il a ensuite enchaîné avec Ivresse de la métamorphose, publié à titre posthume en 1982. « J'ai en quelque sorte volé des éléments de ces deux livres pour réaliser The Grand Budapest Hotel », a déclaré le cinéaste dans un message vidéo.

Après le Royaume-Uni, Stefan Zweig part pour les États-Unis en 1940, puis s'installe au Brésil, où il met fin à ses jours en février 1942, à l'âge de 60 ans.

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