L'hésitation existentielle. Pour Clément, la vie « n'est qu'un long rail » sur lequel chacun se doit de « fabriquer sa locomotive ». « Une fois que c'est chose faite, il n'y a plus qu'à mettre en route le moteur. Le reste se fait tout seul. » Mais pour son frère Oscar, rien ne semble aller de soi. Livreur d'électroménager pour une grande enseigne, Oscar se lève cinq jours par semaine pour sillonner la région aux côtés de Kamel et Marco, « coincé entre un pare-brise et un siège qu'[il] sen[t] s'affaisser sous le poids de [ses] os ». Les jours de repos, il rejoint Toutac au square où ils jouaient enfants, et décapsule des bières avec Sanders, son autre pote. Quand Clément lui annonce son mariage et lui demande d'être son témoin, Oscar panique : et s'il était en train de passer à côté de sa vie, de cette existence que ses parents semblent désormais vivre par procuration à travers leurs fils ? À chaque métier évoqué par sa mère (boulanger, employé de bureau en mocassins, « faire comme [son] père »), Oscar répond : « Pourquoi pas. » « Je balaye tout en disant que c'est la vie, espère secrètement qu'un jour je finisse par savoir à quoi j'ai envie que la mienne ressemble. » Quand il avait 10 ans, Oscar était assis à la place du mort quand la voiture de son père avait heurté, à cent trente kilomètres heure, la barrière centrale de l'autoroute. Depuis, c'était comme s'il vivait « en sursis », comme si le mode « pilote automatique » avait été activé. Son itinéraire lui réserve pourtant quelques surprises, parmi lesquelles la réapparition de Chloé, une petite amie disparue du jour au lendemain huit ans plus tôt.
Dans son premier roman (Après ça, L'Olivier, 2024), Eliot Ruffel s'immergeait dans la peau de « celles et ceux qui font au mieux », issus d'une Gen Z à laquelle, né en 2000, il appartient et dont il traduit l'hésitation d'être au monde, la quête de sens en miroir de l'existence formatée de ses aînés, qui ne semble pas les avoir épanouis. Eliot Ruffel interroge : pourquoi « jouer le jeu »- pour reprendre le titre du dernier roman de Fatima Daas (L'Olivier, 2025)- d'une ascension sociale à tout prix quand on est en mesure de payer ses factures, quand les collègues de boulot sont sympas, les clients pas trop pénibles et les copains toujours présents ? Tendre, la plume d'Eliot Ruffel sait se faire rugueuse quand le drame surgit, quand les éclats d'un pare-brise jonchent l'asphalte, quand les cœurs malmenés se révoltent. Elle sait avant tout nous faire aimer ses personnages au point de nous bouleverser quand la photo de l'un d'entre eux s'affiche sur l'écran d'un portable.
Pilote automatique
Éditions de l'Olivier
Tirage: 4 000 ex.
Prix: 18 € ; 160 p.
ISBN: 9782823623642
