Roger Establet est décédé le 8 avril, à l'âge de 88 ans, à Rognes, dans les Bouches-du-Rhône. Il disparaît deux semaines après son épouse, l'historienne Colette Establet. Ancien élève de l'École normale supérieure et agrégé de philosophie, il avait consacré l'essentiel de sa carrière à analyser les inégalités au sein du système scolaire français.
De la philosophie à la sociologie
Né le 12 mars 1938 à Nice, Roger Establet obtint l'agrégation de philosophie en 1962. Il participa, au milieu des années 1960, au travail collectif mené autour du philosophe marxiste Louis Althusser dans Lire Le Capital (PUF), et s'orienta, ensuite, vers la sociologie, privilégiant l'enquête de terrain et les données statistiques. Professeur à l'université de Provence jusqu'en 1998, il forma plusieurs générations de chercheurs et cofonda le Laboratoire méditerranéen de sociologie.
Son nom reste indissociable de celui du sociologue Christian Baudelot, directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales, avec lequel il publia L'École capitaliste en France (La Découverte, 1971). Ouvrage fondateur de la sociologie de l'éducation, il soutient la thèse comme quoi l'école orientait précocement les élèves vers des filières hiérarchisées, reconduisant les inégalités sociales d'une génération à l'autre.
Leur collaboration produisit également Le Niveau monte (Le Seuil, 1989), qui battait en brèche le mythe du déclin scolaire, puis Allez les filles ! (Le Seuil, 1992), consacré à la réussite des filles comme révélateur des transformations de la société française. Les deux sociologues s'intéressèrent aussi au suicide dans Suicide. L'envers de notre monde (Le Seuil, 2006), prolongeant la réflexion d'Émile Durkheim, qui avait fait du suicide un objet d'étude sociologique dès la fin du XIXe siècle. Prolifique et précurseur, il restera une référence incontournable de la recherche sur l'éducation.