Aux noms du roi. Le roi est mort, vive le roi ! La fonction royale se poursuit après que meurt l'individu qui l'incarne. Royautés est le fruit des riches contributions à un séminaire organisé à l'initiative des historiennes Fanny Cosandey et Corinne Lefèvre. Ce sont en tout huit auteurs et autrices qui apportent, chacun et chacune dans sa spécialité (Scandinavie ou Éthiopie médiévales, califat omeyyade d'al--Andalus, Balkans sous le joug ottoman, France de l'Ancien Régime), une pierre à l'édifice de la recherche. Sont entre autres abordées au prisme de la figure royale les questions du territoire, de l'exclusion des femmes de la succession au trône, de la symbolique animal.
Basileus dans la Grèce antique, négus en Éthiopie, émir ou sultan en terres d'Islam... « Roi » se traduit de diverses manières et recouvre des réalités politiques bien différentes suivant les cultures et les époques. S'il est ardu de dégager une définition universelle, d'où le pluriel du titre de l'ouvrage, on peut tracer certaines lignes de convergence. C'est au nom du roi, en tant qu'incarnation de l'État, qu'est collecté l'impôt. Autre point commun, majeur : la dignité royale relève du sacré. Le lignage d'un roi remonte toujours à quelque ancêtre réel ou mythique qui reçut le sceptre du divin et le passe comme une espèce de témoin à ses descendants. Le prince d'une dynastie nouvelle ou voulant imposer à ses sujets une religion plus récente pallie son déficit d'ancienneté généalogique ou d'autorité théologique en faisant montre de proximité avec des saints à travers des textes canoniques ou par le truchement de rêves prophétiques validant sa position. Dans l'Inde majoritairement hindoue conquise par les descendants de Gengis Khan, le quatrième empereur moghol Jahāngīr décide au xviie siècle de déplacer la résidence royale sise au Rajasthan afin de n'être pas trop éloigné de la ligne de front avec le Mewar voisin qu'il entend conquérir, mais également pour être proche du tombeau du plus grand saint musulman indien dont il se revendique le disciple et successeur. Dans un songe, le même Moghol décrit encore son rapprochement fantasmé avec le chah d'Iran, son coreligionnaire.
Outre les écrits, la légitimité du souverain se fonde sur maints signes extérieurs, tels les sceaux, la monnaie battue à l'effigie du monarque, les bâtiments édifiés à sa gloire... bref, toutes manifestations qui participent de la sacralisation de sa personne. Au-delà de sa personne. Puisque dès sa naissance, alors qu'il n'est que potentiellement roi, « le corps de l'héritier présomptif ne lui appartient plus entièrement ». Dura lex sed rex, dure loi que d'être roi.
Royautés
CNRS Éditions
Tirage: 0
Prix: 32 € ; 464 p.
ISBN: 9782271154569
