Le temps d'aimer. Voilà près de vingt ans et Les merveilles du monde (P.O.L, 2007) que Célia Houdart apparaît comme une incarnation possible de la grâce en littérature... C'est cet art infini de ne pas y toucher, ou seulement par frôlements, suggestions, croquis et estompes, que retrouveront, enchantés (puisque c'est bien d'un enchantement dont il est ici question), ses lecteurs dans ce Notre-Dame-des-Anges qui offre en outre une amplitude romanesque inédite dans son œuvre.
Tout commence par deux mille lettres. Une correspondance que confie un jour la mère de Célia Houdart à sa fille. À charge pour elle d'en faire sa pelote... De quoi s'agit-il ? Des lettres que se sont envoyées durant près de dix ans, de 1935 à 1944, deux amants, Henri et Marcelle. Ils sont tous deux musiciens. Henri vend des pianos mécaniques, alors que Marcelle, elle, est pianiste et concertiste. Henri est marié. Il a dû abandonner peu à peu ses activités professionnelles pour rester auprès de sa femme qui, atteinte d'une maladie dégénérative qui ne lui laisse que peu d'espoir, s'éteint doucement dans une abbaye en Belgique près de Liège. Rien de scabreux dans cette situation, juste une vie partagée entre le chagrin, la douceur amère des jours qui passent, l'absence et le flamboiement du désir. Et autour d'Henri et Marcelle qui éperdument se cherchent, se trouvent et se perdent, la montée des périls.
Henri et Marcelle sont les grands-parents de Célia Houdart. La romancière se déclare comme « surprise, perturbée, bouleversée » par la découverte de leur correspondance. « J'ai lu leurs lettres criblées de trous. Ensuite, j'ai gravé mes propres rouleaux, laissant agir l'étrange mécanique du souvenir et, plus encore, celle du rêve. » Il faut dire qu'en matière d'onirisme cotonneux, d'indécision du réel, l'autrice de Tout un monde lointain (P.O.L, 2017) s'y entend mieux que personne. Cette fois-ci, dans ce Notre-Dame-des-Anges, elle mêle l'Histoire au destin de ses personnages. Et c'est un sublime accomplissement. Comme si les récits introspectifs à la Chantal Thomas croisaient impromptu les grands mélos à la Douglas Sirk... Il est permis d'espérer qu'une réussite littéraire et romanesque aussi parfaite soit saluée l'automne prochain à la hauteur de ses mérites.
Notre-Dame-des-Anges
P.O.L
Tirage: 4 000 ex.
Prix: 20,50 € ; 242 p.
ISBN: 9782818066072
