Même si la Corée du Sud se situe en 5e position pour la compréhension de l’écrit dans le dernier rapport du Programme International pour le Suivi des Acquis (PISA) publié début septembre (pour la lecture la France n'apparaît même pas dans le Top 10 parmi les 89 pays de l’OCDE évalués), elle a baissé depuis le rapport précédent en 2022.
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Mais figurer dans le peloton de tête pour la capacité à lire et à écrire des jeunes ne présage en rien de la bonne santé de la lecture au Pays du matin calme. « Quoique le phénomène soit mondial, le taux n’a jamais été aussi bas, se désole Kim Seungsu, président de KPIPA (Korea Publication Industry Promotion Agency). Seulement 38,5 % de la population en âge de lire lit. Ce calcul inclut les audiolivres. Si on ne considère que les livres en format papier, le chiffre tombe à 28,9 % ». Et d'encore ajouter : « Il faut savoir, qu’en Corée, dans ce baromètre de la lecture, est comptabilisé comme lecteur quelqu’un qui lit un seul livre par an. »
Alors, même en Corée si fière d’avoir inventé son propre alphabet le hangeul sous l’égide du roi Sejong le Grand au XVe siècle, on ne lit guère. À l’ère des écrans et de l’économie de l’attention basée sur la stimulation plutôt que sur la concentration nécessaire à l’exercice de la lecture, défendre le livre est un combat.
Avant de prendre les rênes de l’Agence coréenne de promotion de l’industrie des publications en avril dernier, Kim Seungsu était maire de Jeonju (située dans l’extrême sud-ouest de la Péninsule) et un élu réputé pour son activisme culturel : il avait imaginé un festival de la lecture qui a essaimé à travers tous le pays. À la tête de KPIPA, il imagine une politique du livre tout aussi ambitieuse.
La K-Book Week s'est déroulée à Paris du 6 au 18 septembre 2026- Photo KPIPAPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Dans le cadre de l’anniversaire des 140 ans des liens diplomatiques franco-coréens, KPIPA a organisé une « K-Book Week », qui s’est déroulée du 6 au 18 septembre à la galerie Joseph dans le IIIe arrondissement de Paris. L’événement a mêlé rencontres et ateliers avec des écrivains des deux pays, auteurs et autrices jeunesse et de genre côtoyant des romanciers de littérature adulte. Une exposition « Relier » montrant des ouvrages physiques consultables et des illustrations destinées au jeune public a également été montée.
L'événement a été l’occasion surtout de mieux comprendre le marché et la politique du livre en Corée. Kim Seungsu nous explique le fonctionnement de l’institution publique qu’il dirige, et qui est sans équivalent en France : un hybride entre le Syndicat national de l’édition, le Syndicat de la librairie française et le Centre national du livre.
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KPIPA ne se cantonne pas à la littérature. La partie purement littéraire est dévolue à LTI Korea. Cet organisme soutient spécifiquement la traduction de la fiction contemporaine grâce à des aides à la traduction ou à la formation de traducteurs du coréen vers les diverses langues, alors que KPIPA promeut toutes les formes de publication : littérature générale, essais scientifiques, sciences humaines, ouvrages pratiques… à l'exception des manuels scolaires et des livres religieux.
L’originalité de KPIPA tient à la continuité dans son aide à la publication. L’agence suit chaque étape du cycle de la création du livre, de la distribution comme la diffusion des livres « made in Korea ». L’accompagnement commence dès ces prémices si difficiles pour un petit ou moyen éditeur. « Tout d’abord, nous aidons la maison d’édition sélectionnée à se faire connaître en traduisant des extraits de l’ouvrage qu’elle souhaite vendre à l’étranger, nous essayons par exemple de trouver le traducteur adapté en fonction de la langue. Nous la conseillons également pour élaborer son book de présentation. »
Rencontres et fellowships
Le président de KPIPA continue d’énumérer les actions de l’agence : « Deuxièmement, nous organisons des rencontres professionnelles avec des éditeurs étrangers venus en Corée dans le cadre de fellowships (une centaine par an, dont 20 invités même sans avoir postulé). Troisièmement, nous payons le stand dans les foires internationales les plus importantes : Londres, Francfort, Shanghai et Bologne (dédiée à l’édition Jeunesse) »
À ces missions traditionnelles s’ajoute enfin le bébé de KPIPA, un nouveau projet intitulé « K-Book Global 100 Project » qui consiste à porter à maturité 20 projets de livres par an sur cinq ans : de la conception à la promotion et la diffusion à l’international en passant par la traduction et le marketing. « On est là dès la genèse du livre ! » s’enorgueillit le patron de KPIPA. Car assumer la paternité d’une publication, et s’y impliquer autant, n’est-ce pas le meilleur moyen de la défendre ? Et avec des moyens ! Pour son projet, chaque maison d’édition heureuse élue du « K-Book Global 100 Project » recevra 60 000 000 wons (environ 39 000 euros).
