Alors que le Grand Off se déploie dans toute la ville d’Angoulême et rencontre un large succès auprès des éditeurs indépendants et des auteurs et autrices présents cette année, un acteur historique du off angoumoisin a choisi de rester à l’écart. Le Future Off, évènement emblématique de la micro-édition, ne s’est pas associé à cette initiative née dans le contexte de l’annulation du Festival international de la bande dessinée.
Le Future Off, héritier d’une scène micro-éditoriale
Créé il y a trois ans, le Future Off s’inscrit dans la continuité du Spin Off. Le festival de micro-édition comptait alors six éditions. Aujourd’hui, l’équipe, composée d'une dizaine de personnes, a évolué tout comme la forme de l’événement : concerts, tables rondes, soirées, expositions viennent compléter les stands d’auteur et d’autrices.
Le Future Off se définit avant tout comme le off de la micro-édition. « Ce sont des livres édités à petit tirage, diffusés essentiellement en salons, souvent hors des circuits de librairie, avec des formats non conventionnels », résume Théo Arnaudet, co-organisateur du festival. Un écosystème fragile mais international : certaines années, les petites structures viennent « du monde entier », car ces événements sont parfois les seuls espaces de visibilité et de vente pour ces artistes.
Ni In, ni Grand Off
D’un point de vue organisationnel, le Future Off n’a jamais été rattaché à l’événement officiel, aussi appelé In. « On profite du fait qu’Angoulême attire tous les regards le temps d’un week-end, pour organiser quelque chose à notre échelle », explique Iris Tubert co-organisatrice du Future Off. Pour Théo Arnaudet, la frontière entre le In et le off reste toutefois « poreuse ».
Concernant le regroupement associatif du Grand Off, qui prend cette année la place du FIBD, les avis sont nuancés. « C’est une bonne initiative par certains aspects », reconnaît Iris Tubert, notamment pour l’accès gratuit et l’animation de la ville. Mais elle pointe aussi un manque de cohérence et déplore l’absence d’une ligne directrice claire. Seul lien avec le Grand Off, le Future Off apparaît sur la carte des Offs rédigée chaque année par la radio locale ZaïZaï.
Iris Tubert et Théo Arnaudet devant les nouveaux locaux du Future Off- Photo LOUISE AGEORGESPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Théo Arnaudet ajoute que l’équipe du Future Off s’est sérieusement interrogée sur un possible report ou une annulation de leur événement, en soutien au Girlxcott, mouvement à l’origine de la grève ayant conduit à l’annulation du FIBD. « On ne voulait pas casser la grève. C'est d'ailleurs initialement ce que l'on reprochait au Grand Off. » Mais la situation s’est complexifiée : « Quand on a vu que c’étaient surtout des assos, des structures précaires, on s’est dit que l’initiative était légitime et chouette. En revanche, quand la mairie a commencé à s’en emparer, là ça brassait trop de choses pour qu’on puisse vraiment s’y rattacher. »
Le Girlxcott à Angoulême
Pour plusieurs membres du Future Off, le cœur du problème du Grand Off réside dans la perte des revendications initiales du Girlxcott. « La charte n’est pas respectée par tous les off, alors que tout ce mouvement part initialement de la précarisation du milieu », regrette Théo Arnaudet. Une situation qui explique pourquoi peu d’événements angoumoisins ont finalement été pleinement intégrés aux fêtes interconnectées de la BD qui ont pris place ce week-end partout en France et en Belgique.
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Signataire de la charte du Girlxcott, les organisateurs et organisatrices du Future Off se revendiquaient de ses principes avant même sa rédaction : « Au Future Off, on paye tout le monde, l’entrée est gratuite, il y a une prise en charge des violences sexistes et sexuelles », rappelle Mathilde Paix co-organisatrice du Future Off.
Craignant une récupération politique et la dilution des revendications, l’équipe a choisi de ne pas monter de dossier de subvention et de ne pas s’impliquer davantage. Une distance qui coûte cher à l'événement. « Oui, le Future Off est indépendant, mais la micro-édition dépend directement des politiques culturelles, donc nous pâtissons nous aussi des décisions de la ville », explique Carel CDBC, autrice et organisatrice du Future Off.
Expérimenter à petite échelle
Initialement installé dans les Chais Magelis, dans la ville basse, le Future Off a investi cette année les locaux de la Cité internationale de la bande dessinée, mis gratuitement à disposition par l’institution. Ce changement de lieu et cette configuration particulière ont permis au festival alternatif d’expérimenter de nouveaux formats. Tables rondes sur la précarisation des auteurs et autrices, bar solidaire au profit d’associations locales : d’autres structures angoumoisines ont d'ailleurs également rejoint les fêtes interconnectées de la BD, comme la Maison des peuples et de la paix ou Charente Palestine Solidarité.
Pour l’avenir, Mathilde Paix évoque le cahier des charges proposé par l’ADBDA comme une piste intéressante : « Sur le papier, le fait qu’il y ait des représentants syndicaux et plus de personnes concernées dans la prise de décision, ça ne peut que donner quelque chose de mieux. »

