À l’occasion de ses vœux annuels, le Syndicat de la librairie française (SLF) a réuni lundi 26 janvier à l’Hôtel de Massa un parterre de professionnels de la filière, livrant un constat sans détour. Alors que la loi de finances 2026, en passe d’être adoptée, prévoit de nouvelles coupes dans les crédits alloués à la culture, le syndicat s’est inquiété des conséquences directes pour des librairies indépendantes déjà fragilisées, et désormais confrontées à un nombre croissant d’attaques. Face à ces nombreuses menaces, le SLF a appelé à une réponse collective du secteur, plaidant pour une solidarité renforcée entre les acteurs de l’interprofession.
Lire aussi : « Le monde du livre se mobilise contre le projet de loi de finances 2026 »
S’appuyant sur les données les plus récentes de l’Observatoire de la librairie française, le syndicat a, dans un premier temps, rappelé que la relative stabilité économique du secteur masque une réalité plus fragile. « La dynamique des ventes de livres en magasin, elle, est en berne. La baisse de la lecture, de l'attention, de la curiosité, du temps disponible pour lire nous affecte de plein fouet », a alerté Alexandra Charroin-Spangenberg, présidente du SLF.
Une loi de finances qui « frappe le livre de plein fouet »
Dans ce contexte, celle-ci a également exprimé ses regrets concernant la réforme du pass Culture, « qui, quoiqu'on pense de ce dispositif dans son ensemble, avait réussi à amener vers nos librairies et vers les livres de nouveaux jeunes lecteurs ». D’autant plus que le budget prévisionnel de la loi de finances 2026 indique une nouvelle amputation du budget accordé au dispositif de 42,5 millions d’euros.
Au-delà du pass Culture, le SLF a fait part de son incompréhension face à des décisions politiques qui, selon lui, « frappent le livre de plein fouet » avec une réduction marquée des crédits alloués au développement de la lecture et de l’économie du livre (-26 %), ainsi qu’au Centre national du livre (-22 % sur deux ans).
« Participer à l'effort général pour redresser nos finances publiques, nous pouvons l'entendre. Choisir de frapper le livre spécifiquement et dans ces proportions, nous ne le comprenons pas », a déclaré Alexandra Charroin-Spangenberg, rappelant les conclusions de la commission des finances du Sénat publiées en juillet dernier. Lesquelles avaient indiqué que « les aides directes à la filière du livre représentent un levier fort pour un montant limité. »
« Les libraires sont contraints d'opérer des arbitrages douloureux »
Autant de contradictions qui viennent troubler l’équilibre de l’ensemble de la chaîne du livre, dont les libraires. « Je pense que tout le monde a aujourd'hui bien intégré la théorie de l'effet ciseau : un chiffre d'affaires qui stagne, des remises commerciales qui se figent et donc une marge qui ne progresse pas alors que les charges flambent […]. Les libraires sont contraints d'opérer des arbitrages douloureux, au détriment de la qualité de leur travail et de leur service, ou en faveur du remplacement de rayons de nouveautés par des livres d'occasion ou d'autres produits plus rentables », a détaillé la présidente du SLF, rappelant que « ce sont les libraires qui créent les best-sellers de demain ».
Face à ces constats, le SLF a exhorté l’ensemble de la filière à se mobiliser collectivement pour défendre ses intérêts communs, et pour intervenir sur des sujets qui promettent de secouer toute l'interprofession, notamment en matière d’écologie et d’intelligence artificielle. Alexandra Charroin-Spangenberg a notamment invité les professionnels à « construire nos propres solutions avant que d’autres en imposent de l’extérieur, sans tenir compte de nos réalités, comme cela fut le cas avec le règlement européen sur la déforestation ».
La présidente du syndicat est également revenue sur la multiplication des agressions visant les librairies indépendantes, qu’il s’agisse d’attaques médiatisées, d’incivilités quotidiennes ou de cyberharcèlement. Elle a dénoncé l’instrumentalisation de ces lieux socio-culturels « au service de projets politiques funestes », ou encore leur ciblage par des « groupuscules extrémistes ».
Des librairies agressées et une édition toujours plus concentrée
Elle a notamment évoqué le cas de la librairie Violette and Co, toujours sans nouvelles de sa plainte, déposée après des dégradations matérielles et une campagne d’intimidation, et récemment perquisitionnée par les forces de l’ordre « sur la base de la censure d'un livre dont la base juridique est sinon discutable, du moins très baroque », a dénoncé le SLF. Et de conclure : « Les agressions sur les librairies témoignent que le livre et les librairies ne sont plus sanctuarisés et manifestement, ne le sont plus au niveau des politiques publiques, et c’est très inquiétant ».
Une inquiétude à laquelle s’est ajoutée l’annonce, le matin même, d’une OPA lancée par l’entrepreneur Daniel Kretinsky, déjà propriétaire d’Editis, sur le groupe Fnac/Darty. « Nous risquons aujourd'hui de voir le numéro 2 de l'édition mettre la main sur le premier vendeur de livres en France, ce qui constituerait une autre forme de concentration inédite et inquiétante », a rappelé Alexandra Charroin-Spangenberg, appelant ses confrères et consœurs à se mobiliser pour préserver « les grands équilibres du marché ».
