Livres Hebdo : Au départ, Les Papillons noirs est une mini-série en six épisodes conçue par Bruno Merle et Olivier Abbou, achetée par Netflix et Arte. Comment est né le roman ?
Véronique Cardi : Olivier Abbou voulait étendre l'univers de la série, et il rêvait des éditions du Masque, une collection iconique qui correspond à l'esthétique des Papillons noirs. L'histoire se déroule dans les années 1950 et 60 et c'est la grande époque du Masque. Les réalisateurs nous ont contactés au début de l'année 2021, et nous avons travaillé très en amont, Gabriel Katz a commencé à écrire le roman sans avoir vu la série qui est sortie en septembre 2022.
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Il y a eu un précédent avec la série Richard Castle, publiée par City, mais les projets crossover de ce type sont assez rares dans le monde de l'édition.
Oui, et j'étais enthousiaste ! Je suis persuadée qu'il ne faut pas opposer les univers culturels, mais au contraire, créer des synergies, des objets transverses qui donnent envie de passer de l'un à l'autre. C'est le cas ici : le personnage de l'écrivain, Mody, reçoit le prix Femina, le roman est montré à l'écran,... Et nous devions faire exister ce roman imaginaire en librairie. C'était un défi galvanisant ! C'était un projet beaucoup plus stimulant intellectuellement qu'une novélisation classique. Il ne s'agit pas la novélisation de la série, mais de casser le 4e mur et d'imaginer le livre qu'écrit Mody. C'est une mise en abîme, et nous l'avons poussée jusqu'au bout, en mettant une jaquette sous laquelle apparaissait le nom du véritable auteur, Gabriel Katz. Nicolas Duvauchelle, qui joue le rôle de Mody dans la série, a participé à la tournée de dédicace aux côtés de Gabriel.
Comment avez-vous choisi l'auteur du roman, Gabriel Katz ?
Il fallait que le livre fonctionne comme objet romanesque indépendant de la série, que le texte soit cohérent, tendu, haletant, et qu'il réponde à l'intention des scénaristes. Le nom de Gabriel s'est imposé. Il avait déjà novélisé pour Fayard le film de Ludovic Bernard, Au bout des doigts, tourné avec Kristin Scott Thomas et Lambert Wilson. Il avait écrit plusieurs romans noirs, que nous avions publiés, et il avait également été plume : toutes ces compétences et ces expériences le désignaient comme un auteur à même de répondre à une demande si particulière. Il a fait un travail incroyable. Il a dû se conformer au point de vue des scénaristes, tout en imaginant ce que percevait le personnage et le texte que pouvait écrire un homme comme Mody. On a eu des petits moments de vertige sur l'écriture, car Gabriel devait suivre la série, et le livre devait absolument sortir en même temps, c'était un vrai défi ! En revanche, nous avons a trouvé la couverture très vite, en nous appuyant sur le moodboard de la série, dont l'esthétique correspond complètement à l'univers du Masque. La jaquette est donc jaune et noire, et la couverture, noire et jaune.
Le livre a été conçu pour être lu indépendamment de la série.
Tout à fait, il prolonge l'expérience du spectateur, mais c'est un roman à part entière. C'était important pour nous, nous sommes une maison d'édition, et nous avions à cœur de créer un livre qui puisse intéresser un public qui n'aurait pas vu la série. Ce roman peut séduire n'importe quel lecteur qui cherche des émotions puissantes, une ambiance originale, une histoire forte. Les Papillons noirs sont une véritable performance artistique. Les médias se sont emparés de cette aventure, et l'accueil des journalistes a été enthousiaste, M. le Mag, entre autres, a fait une pleine page sur le livre, ainsi que Les Échos. La série a été un succès, tout comme le livre qui s'est vendu à environ 10 000 exemplaires.
