Le 13 mai dernier, les cofondatrices de la librairie Les Parleuses à Nice ont fermé leur établissement féministe après huit ans d’exercice. Une page tournée pour qu’une nouvelle s’ouvre. En septembre prochain, Anouk Aubert et Maud Pouyé reprendront la librairie Montfort à Vaison-la-Romaine, tenue depuis cinq ans par Dominique Boulard. En parallèle, leur ancienne librairie café niçoise pourrait connaître une seconde vie. Trois associés envisagent de reprendre Les Parleuses dès cet été.
Avec la reprise de la librairie Montfort, que Dominique Boulard cède après cinq ans d’exercice pour prendre sa retraite, Anouk Aubert et Maud Pouyé mènent à bien un projet qui s’inscrit aussi dans un changement de vie plus global. Les deux libraires, compagnes à la vie, quittent en effet la Côte d’Azur pour un horizon plus vert, loin du brouhaha de la ville.
Un nouveau « défi professionnel »
C’est à l’automne dernier que le duo découvre la librairie Montfort, au détour d’une conversation avec une représentante de Flammarion. « Elle nous a dit : “la librairie est à vendre, allez la voir, elle va vous plaire” », se souvient Anouk Aubert. Après une première visite en octobre, suivie d’un second passage en plein hiver pour mesurer la fréquentation et la saisonnalité du lieu, les libraires sont conquises. « Dès qu’on l’a vue, on s’est senties bien dedans. C’est un nouveau défi professionnel », poursuit Anouk Aubert.
D'une surface de 110 m² et dotée de 9400 références, la librairie Montfort est une institution emblématique de Vaison-la-Romaine et sa seule librairie.- Photo LIBRAIRIE MONTFORTPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Soutenu par le Centre national du livre (CNL) et l’Adelc, le binôme de libraires souhaite désormais se recentrer sur ses fondamentaux. « Avec la double activité des Parleuses, on n’arrivait plus vraiment à explorer ce qu’on aime, c’est-à-dire le roman. Au bout de huit ans, on faisait beaucoup de rencontres autour de l’essai, mais moins autour de la littérature », explique Anouk Aubert.
La reprise de la librairie Montfort marque ainsi un retour à leur « premier amour » : la littérature générale. Elle s’accompagne aussi d’une envie d’expérimenter d’autres formes de médiation, dans un contexte moins urbain. « Ce qui nous intéresse, c’est de voir comment travailler le livre différemment, en dehors d’un centre-ville », poursuit-elle.
Une librairie remise à flot avec un chiffre d'affaires de plus de 500 000 euros
Créée en 1995 et située dans une commune de près de 6 000 habitants, la librairie Montfort bénéficie aujourd'hui d’une surface de vente de 110 m² et d’un fonds étendu, incluant un rayon féministe et un espace dédié à l’écologique. Au total, l’établissement recense 9 400 références. Une base solide qui repose en grande partie sur le travail mené ces cinq dernières années par Dominique Boulard.
Dominique Boulard a repris la librairie Montfort en 2021 et lui a redonné un nouveau souffle.- Photo LIBRAIRIE MONTFORTPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Désormais âgée de 65 ans, l’actuelle dirigeante a repris la librairie en 2021, après avoir suivi une formation à la reprise et à la création de librairie en 2019. La même année, et pendant deux ans, elle a travaillé main dans la main avec la précédente propriétaire pour redresser un commerce alors en difficulté. « Nous avons remis la société au propre, c’est-à-dire débarrassée de ses dettes, et j’ai racheté les parts sociales de la librairie », détaille-t-elle.
Au moment de son acquisition, elle a entamé d’importants travaux de rénovation, créé un rayon « littérature étrangère », consolidé le fonds et introduit une offre de papeterie de qualité. Elle s’est également attachée à inscrire la librairie dans son territoire, en nouant des partenariats avec les structures culturelles locales et en participant aux manifestations littéraires de la région. « C’est assez simple, la librairie est passée d’un chiffre d’affaires de 340 000 euros à 520 000 euros en cinq ans », résume-t-elle.
Un lieu culturel central pour la ville
« Dominique a fait un travail incroyable pour remettre la librairie sur pied et en faire un lieu central pour la ville, aussi bien pour les habitants que pour les touristes », souligne Anouk Aubert, précisant qu’elle et Maud Pouyé commenceront à travailler la passation aux côtés de la dirigeante actuelle le 10 août prochain.
Si Dominique Boulard ne s’était initialement pas fixé d’échéance de départ, la question des ressources humaines a néanmoins constitué un point de tension. La libraire a été ponctuellement épaulée par un ou deux salariés, mais elle a aussi traversé des périodes de creux, devant assumer seule la gestion de l’établissement. Une charge difficile à soutenir au regard de la taille de cette unique librairie de la commune. « D’autant plus que le temps d’ouverture est assez important. La librairie ouvre, par exemple, tous les jours pendant les deux mois d’été, avec des horaires plus courts les week-ends et jours fériés. Mais, en réalité, elle a besoin de trois permanents », souligne-t-elle.
Autant de considérations auxquelles ont été attentives les futures dirigeantes qui, tout en insufflant leur propre identité, entendent bien préserver l’établissement et cocréer un festival du livre cet automne avec Dominique Boulard.


