La réforme du programme de première année commune aux études de santé (PACES) continue de doucher les attentes des éditeurs. Déjà décevant l’an dernier, le marché a « complètement tourné casaque » cette année, déplore Manuela Boublil-Friedrich, directrice du pôle acquisition livres chez Elsevier-Masson. La conjonction de plusieurs facteurs négatifs explique l’aggravation de la situation. « En PACES, le marché est très local. Beaucoup de facultés ont une politique de tutorat assez agressive. Les ventes y ont beaucoup plus chuté qu’ailleurs », observe Patrick Bellaïche, le patron des éditions Vernazobres-Grego. L’explosion des cours privés serait aussi une cause de l’assèchement de la demande. Un éditeur estime qu’en moyenne trois étudiants sur quatre suivent des cours privés en plus de leur programme universitaire : « Les jeunes à qui on présente des exemplaires de nos livres nous disent qu’ils sont très bien, mais qu’ils n’ont pas le temps de les lire, c’est aussi simple que cela. » Pour Manuela Boublil-Friedrich, « c’est la réforme de 2010 qui a retourné le marché ». « La qualité des ouvrages n’est pas en cause, mais les étudiants sont très fidèles à leur université et n’achètent quasiment plus », constate-t-elle.
Déception.
Le sentiment d’effondrement du marché est largement partagé par les acteurs du secteur. Arrivé sur la PACES en août 2011, Foucher a clairement levé le pied après les résultats en demi-teinte obtenus cette année universitaire. La filiale d’Hachette avait publié huit titres proposant des QCM dans les huit principales disciplines au niveau national. « Nous avions envisagé d’élargir notre offre avec huit autres matières moins importantes, mais ce projet a été annulé car les premiers titres n’ont pas trouvé leur public », déplore le directeur général, Olivier Jaoui. Pour la rentrée 2013, Foucher se contentera de faire vivre le fonds, mais « sans grand optimisme ». « Le marché est moins important que ce qu’on pouvait imaginer. Nous sommes déçus. Nous ne nous engagerons pas plus en termes de production », précise Olivier Jaoui. Même Elsevier-Masson, pourtant historiquement présent sur le marché de la PACES, va lui aussi lever le pied : « Nous nous interrogeons, indique Manuela Boublil-Friedrich. Allons-nous continuer à nous positionner sur ce marché ? Nous n’allons pas nous retirer, mais nous ne ferons pas d’efforts insensés de repositionnement, de nouvelles éditions, alors que nous ne sommes pas sûrs du tout de trouver un public. »Echaudés par les mésaventures de leurs concurrents, certains éditeurs évitent carrément de s’adresser aux étudiants de première année. C’est notamment le cas de S-Editions ou de Lavoisier. « Nous ne nous développons pas sur la PACES, où il y a déjà pléthore d’offres, avec de grosses quantités et des prix bas », justifie Emmanuel Leclerc, directeur éditorial de Lavoisier. Dans ce contexte de morosité généralisée, Ellipses est le seul éditeur à continuer de considérer ce marché comme une « priorité ». Le directeur général de la maison, Brieuc Bénézet, décrypte : « L’année de la réforme avait été faste et a pu donner l’illusion à certains acteurs qu’on était en face d’un nouveau marché. Pour notre part, nous sommes là depuis plus de vingt ans et nous savions que ce marché repose sur des prescriptions très locales, que les tirages sont faibles… C’est quelque chose que nous savons gérer, le marché est revenu à ce qu’était le PCEM (l’ancien nom de la PACES, NDLR), avant la réforme ; les étudiants sont contents d’avoir des livres, mais on en touche peu car ils sont scindés. » Avec une centaine de titres au catalogue, quelque huit nouveautés et une quarantaine de remises à jour pour la rentrée 2013, Ellipses s’affirme plus que jamais comme le leader de ce marché.
Il entend même conforter ses positions avec la commercialisation début juin d’une nouvelle collection, « Tremplin pour la PACES », destinée à accompagner les bacheliers avant le début de leurs études de médecine. « Ces ouvrages proposent une mise à niveau fondamentale sur les grandes spécialités scientifiques et les bases du programme de la PACES », indique Brieuc Bénézet. La collection comprend trois titres qui bénéficient chacun d’un tirage moyen de 3 000 ou 4 000 exemplaires. « Avec ces ouvrages, nous ne sommes pas sectorisés sur une fac en particulier, cela permet de viser des ventes plus élevées », précise le directeur général d’Ellipses. Vernazobres-Grego travaille également à « de nouvelles offres », selon Patrick Bellaïche. Mais l’éditeur sera beaucoup plus prudent : « Nous croyons peu à l’avenir éditorial de la PACES », reconnaît-il. <
