À Senlis, dans l’Oise, la librairie Saint-Pierre fait figure d’institution. Fondée il y a 130 ans, l’enseigne indépendante est dirigée depuis près de 20 ans par un couple de libraires, Amandine et Pascal Ardouin, qui en ont fait un véritable lieu de vie culturelle. En 2024, pour surmonter des difficultés économiques, le couple organisait une opération de communication visant à filmer des auteurs sollicités pour devenir « libraire d’un jour ».
Un an plus tard, à l’occasion des 130 ans de l’enseigne, les libraires créaient le festival « Sous les pavés, les livres », pensé comme un événement littéraire populaire, conclu par un bal inspiré de l’univers des Chroniques de Bridgerton de Julia Quinn. Ces formes inédites de médiation autour du livre ont valu à la librairie de remporter le prix de l’animation 2025 de Livres Hebdo. Une reconnaissance, mais aussi un catalyseur de nouvelles idées.
« En tant que libraires, nous sommes habitués à organiser des événements »
Toujours en quête de nouvelles façons de faire venir le public au livre, Amandine Ardouin a ainsi récemment lancé AME, une agence dédiée à l’organisation d’événements littéraires. « En tant que libraires, nous sommes habitués à organiser des événements, à créer des animations. On a un petit côté artiste finalement », argue-t-elle auprès de Livres Hebdo, soulignant le succès de l’événement Sous les pavés, les livres, et sa capacité à avoir « happé une autre sorte de public ».
Forte de cette expérience et d’un réseau de contacts constitué au fil des années, la libraire ambitionne désormais, grâce à son agence, de proposer aux collectivités territoriales des salons du livre « clés en main ». Une façon d’explorer de nouvelles actions, de garantir un revenu complémentaire pour assurer la pérennité économique de sa propre librairie, mais aussi de redynamiser certains territoires en manque d’animations littéraires.
« Même si les collectivités disposent de budgets, de salles et de tables, elles n’ont pas toujours le temps ni la personne adéquate pour mettre en place des salons du livre. D’autant plus lorsqu’il s’agit de petites communes qui, par ailleurs, peinent à faire venir de grands auteurs », explique Amandine Ardouin. Avec son offre, cette dernière souhaite contrer ce phénomène et permettre aux communes aux moyens limités de proposer un nouvel événement culturel, entièrement conçu et orchestré par ses soins.
Un premier salon du livre à Compiègne
Programmation, choix des auteurs, séances de dédicaces, conférences, coordination avec les éditeurs, mobilisation de bénévoles, scénographie, communication… Son agence revendique un large éventail de prestations, modulables selon les besoins, les envies et les moyens financiers mis à disposition. Déjà sollicitée pour participer à la programmation de la 4ᵉ édition du Festival Paroles, qui se tiendra du 27 mars au 5 avril entre Pierrefonds, Villers-Cotterêts et Compiègne, Amandine Ardouin a notamment imaginé, dans ce cadre, une série de conférences à la Cité internationale de la langue française à la fin du mois de mars.
Elle a également pris part à l’organisation du premier salon du livre associé à l’événement, le Salon du livre de Compiègne. Prévu le samedi 4 avril, il réunira une vingtaine d’auteurs et s’appuiera sur la librairie des Signes, chargée de vendre les ouvrages sur place. « J’essaye de faire d’une pierre deux coups. En revanche, lorsque la collectivité ne dispose pas de librairie, je veille à ce que la librairie Saint-Pierre soit associée », précise Amandine Ardouin.
Particulièrement prenant, ce nouveau projet n’empêche toutefois pas la libraire de continuer à exercer au sein de son enseigne. Au contraire, la directrice continue d’y travailler cinq jours par semaine, consacrant donc ses soirées et le week-end au développement de son agence. « J’ai besoin de stimulation et de nouveaux défis, mais ce projet s’inscrit dans la continuité de mon métier de libraire : donner envie de lire, attirer de nouveaux lecteurs et mettre en lumière des auteurs », affirme-t-elle.
Consciente du temps et de l’organisation que requiert cette nouvelle activité, Amandine Ardouin préfère, pour le moment, se limiter à deux ou trois événements par an. Elle envisage aussi de développer des formats plus légers, comme des goûters littéraires ou des bals littéraires, des rendez-vous dont elle maîtrise désormais la logistique de bout en bout. Une manière, pour elle, de diversifier son action dans le livre, tout en restant fidèle à ce qui guide son engagement depuis toujours : faire circuler les histoires entre les mains des lecteurs.
