Avec trois épisodes de canicule en moins de trois mois, l'été 2026 s'avère particulièrement chaud. Si elle s'avère difficile à supporter, la hausse des températures a aussi des conséquences inattendues sur la fréquentation des bibliothèques, devenues des havres de fraîcheur où les usagers viennent se réfugier.
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À Roches-Prémarie-Andillé, commune de 2 250 habitants dans la Vienne, la bibliothèque est le seul lieu public climatisé, avec la salle des fêtes. Lorsque la température extérieure a grimpé au-delà de 40°C, l'établissement est passé de 19h30 d'ouverture hebdomadaire à quasiment 30, en conservant tous les services habituels. « Nous avons quasiment doublé la fréquentation », se réjouit la responsable Marie-Agnès Wagon. Cette hausse s'est aussi caractérisée par une augmentation du temps passé sur place (notamment par les télétravailleurs), ainsi que par une croissance du nombre de prêts et des inscriptions. Pour ne pas surcharger l’espace, la médiathèque a investi les 400 m2 de la salle des fêtes à proximité. Bilan : une population reconnaissante envers la médiathèque... et une bibliothécaire épuisée !
Grandes surfaces vitrées
Pour les médiathèques non climatisées, les épisodes de canicule sont en revanche plus compliqués à gérer. Certaines ont dû interdire l’accès à des pièces étouffantes : avec ses larges ouvertures, la médiathèque d’Elven (Morbihan) raconte avoir enregistré jusqu’à 42° sur les vitres sans filtres UV ni stores extérieurs. Pas mieux pour celles équipées de tels stores permettant de bloquer la chaleur : elles ne peuvent s’ouvrir, donc impossible de créer des courants d’air. « Nous avons fait de l’hyperthermie, c’est une période très difficile physiquement », témoignent les bibliothécaires Estelle Pierre et Claire Cazal.
Avec son toit vitré et sans stores, la médiathèque André-Malraux, à Saint-Brieuc, a dû interdire l'accès à des pièces lors de la canicule.- Photo FANNY GUYOMARDPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Plusieurs professionnels pointent des architectures non adaptées au réchauffement climatique. « On a atteint les 39 °C dans un bâtiment qui a 8 ans. J'ai rédigé une note pour ma N+1 afin qu'elle ait les arguments auprès des élus pour devenir un îlot de fraîcheur, mais pour cela, il va falloir beaucoup de budget, car cela implique de repenser ce bâtiment si mal conçu ! », s’indigne une bibliothécaire anonyme.
Diversité d'aménagements
Le ministère de la Culture peut donner un coup de pouce financier, via la dotation centrale générale de décentralisation (DGD), comme pour Margny-lès-Compiègne (Oise), qui a profité de ces épisodes de canicule pour réaliser un diagnostic thermique avec l’aide de la Drac des Hauts-de-France. « Changement des luminaires, pose de filtres sur les fenêtres ou de stores, création d'un îlot de fraîcheur sur le parvis entièrement bétonné qui sera transformé en jardin de lecture… Ce type de projet d’adaptation du bâtiment pour rénover et faire baisser la température est de plus en plus courant », observe Christel Duchemann, conseillère livre et lecture des Hauts-de-France. Il devrait aboutir l'an prochain.
Espace numérique fermé au public (car appareils en surchauffe), annulation d’animations… Dans les îlots de chaleur, les services ont été réduits. Comme les horaires, parfois supprimés l’après-midi, moment où la température atteint des records.
Se déplacer dans les zones les moins chaudes est parfois la meilleure option. Une équipe a ainsi déménagé une partie des collections et improvisé un mini-espace jeunesse, « car il a fait jusqu’à 41° dans les étages », justifie une bibliothécaire. Quant aux heures d’ouverture, nombre de médiathèques les ont décalées le matin. Dans la communauté de communes Dronne et Belle (Dordogne) qui a élaboré un « plan canicule », les médiathèques passent à une ouverture de 9h à 12h. Les agents travaillent de 7h à 13h dans les locaux, puis ont droit au télétravail. Mais comme le remarque une bibliothécaire universitaire, le droit de recourir davantage au télétravail, « c’était en théorie. En pratique, cela n’a pas été possible pour les postes de service public ».
Système D
« Mais nous, il n’y a rien eu de prévu. Juste de la débrouille », s’ahurit une médiathécaire. « Nous n'avons eu aucune proposition pour adapter les horaires d'ouverture au public (ce qui a été le cas pour beaucoup de structures alentour) ni ne serait-ce qu’un passage de nos supérieurs pour savoir comment cela se passe dans le service », rejoignent deux bibliothécaires. Un autre nous raconte l’erreur de communication de sa Ville, qui a désigné son bâtiment comme lieu refuge alors qu’il n’en était rien.
La solution de secours : deux ventilateurs, pour la Bibliothèque Carignan-de-Bordeaux, dont les 100 m² ne disposent d'aucune climatisation. Un pour chaque poste informatique du personnel. Quand l’un des deux agents ne l’utilise pas, le second appareil migre vers l’espace jeunesse. « Bon nombre de volets restent fermés et nous proposons de l'eau fraîche aux lecteurs », rapporte l’équipe. Ailleurs, une professionnelle se réjouit que le maire et la directrice générale des services « ont été plus présents pour s'assurer que nous allions bien ».
D’autres bibliothécaires ont eu droit d’acheter des ventilateurs pour leurs bureaux. Reste que « les ventilos brassent l’air chaud », grince un professionnel, qui a noté « très peu de fréquentation ». Ailleurs, la mairie a délivré une dérogation pour laisser les fenêtres de leurs bureaux ouvertes la nuit, malgré les risques de cambriolage.
Les livres aussi !
À l’épuisement du corps pour réguler sa température s’ajoute la charge de travail supplémentaire pour… entretenir les livres. « Le film plastique non collant qui sert à couvrir les albums et les BD a tendance à se rétracter sous l'effet de la chaleur ! Les livres se retrouvent étriqués, avec le dos tordu », décrit une bibliothécaire de Carignan-de-Bordeaux. Comme le résume Martin Bugnicourt dans son mémoire d’étude de conservateur de bibliothèques sur le sujet, « en bibliothèque, la température est plus souvent subie que véritablement gérée ».
