Sous le soleil exactement. C'est un voyage qui se fait de Nietzsche à Camus. C'est dans la campagne niçoise, en marchant près de la mer, que le premier a écrit « Des vieilles et des nouvelles tables », l'un des moments forts de son Zarathoustra, ce livre solaire qui éclaire la pensée au point de l'aveugler. Et c'est cette même Méditerranée, de l'autre côté, qui a inspiré la pensée de midi du second. « Ce fut ici qu'un homme se mit debout pour la première fois et tendit ses bras vers le soleil », écrit Francis Scott Fitzgerald. Ce lieu, c'est la Côte d'Azur, dénommée ainsi pour la première fois dans un guide touristique en 1887. Ralph Schor se propose de la faire voir, de 1750 à 1980, au travers des auteurs étrangers comme James Baldwin, Witold Gombrowicz, Aldous Huxley, Somerset Maugham, qui l'ont traversée ou s'y sont installés pour y savourer une sorte de printemps perpétuel.
Professeur émérite d'histoire contemporaine à l'université de Nice, spécialiste des questions migratoires, de l'évolution des idées et des identités culturelles, auteur notamment du Dernier siècle français, 1914-2014 et du Paris des écrivains américains, 1919-1939 (Perrin, 2016 et 2021), Ralph Schor est surtout un Méditerranéen passionné. Mais, son ouvrage en témoigne, il se montre un formidable butineur de livres qui sait choisir parmi ceux d'une centaine d'auteurs étrangers les bons passages pour évoquer la mythique Riviera.
Le tourisme azuréen repose sur la saison hivernale jusqu'au développement du train et de l'offre hôtelière au début du xxe siècle. Les Américains jouent un rôle essentiel dans l'engouement pour la Côte d'Azur. On se rue alors sur ce lieu de tous les excès, « le plus cher et le plus beau du monde » selon Fitzgerald qui s'y connaissait avec Zelda en excentricités dispendieuses. Comme d'autres, il tente de retrouver sa génération perdue. Puis viennent ceux qui sont chassés de leurs pays par les régimes autoritaires. Sanary devient ainsi la capitale de la littérature allemande en exil durant les années 1930. Le village de pêcheurs s'impose comme un paradis par nécessité. Mais tous n'ont pas la même approche. « Je n'ai pas besoin de cette beauté » note Marina Tsvetaeva.
Ralph Schor aborde tous les thèmes de la vie de ces drôles de touristes, leurs habitudes, leurs logements, leurs regards sur cette France chic et chère, leurs inspirations. Y aurait-il une école azuréenne comme il y a une école de Brive ? « Il n'existe pas une école littéraire de la Côte d'Azur tant les méthodes de travail et les sujets traités diffèrent. Un seul point commun relie les auteurs : ils se sentent bien sur les bords de la Méditerranée et, dans leurs œuvres de fiction comme dans les écrits personnels, journaux, correspondances, ils éprouvent du plaisir à évoquer le beau cadre dans lequel ils évoluent. » Alors, à chacun de cheminer dans cette enquête menée entre ciel et mer, avec le sentiment de Maigret arrivant à la gare d'Antibes dans Liberty Bar (1932) : « Cela commença par une sensation de vacances. »
Les écrivains étrangers à la découverte de la Côte d'Azur
Perrin
Tirage: 1 500 ex.
Prix: 22 € ; 256 p.
ISBN: 9782262101671
